Publié le 7 janvier 2026 à 05h16. Une analyse de “The Economist” explore la capacité de l’Europe à se défendre face à une agression russe en Lettonie, en l’absence de soutien américain, révélant des forces et des faiblesses significatives.
- Une attaque russe contre la Lettonie en 2027, prétextant la protection des populations russophones, pourrait tester la résilience de l’Europe.
- L’Europe dispose d’un avantage démographique et économique, mais accuse un retard en matière de préparation à un conflit prolongé, notamment en logistique et en renseignement.
- La cohésion politique interne au sein de l’OTAN pourrait être un facteur déterminant dans la capacité de l’Europe à faire face à une telle menace.
Selon une étude menée par David Gioe, professeur au King’s College de Londres, et Doug Chalmers, ancien officier de l’armée britannique et maître de conférences à l’Université de Cambridge, l’Europe pourrait se retrouver isolée face à une offensive russe. Le scénario envisagé par “The Economist” décrit une incursion des forces russes en Lettonie en mars 2027, ciblant la ville de Daugavpils, où réside une importante communauté russophone. Cette communauté servirait de prétexte à l’intervention, selon l’analyse.
Les auteurs s’interrogent sur la capacité de l’Europe à résister si les États-Unis refusaient de fournir une assistance militaire. Ils estiment que l’Europe pourrait être capable de mener une guerre de courte durée, mais qu’elle serait vulnérable sur le long terme. Cette vulnérabilité serait due à un manque d’équipements spécifiques, dont seuls les Américains disposent, tels que les capacités de ravitaillement en vol et les moyens de renseignement orbital.
Cependant, l’étude ne conclut pas à une défaite inévitable pour l’Europe. Les analystes soulignent les atouts économiques et démographiques du continent, citant notamment les propos du Premier ministre Donald Tusk. Celui-ci a souligné que « 500 millions d’Européens demandent la protection de 300 millions d’Américains contre 140 millions de Russes », et que le produit intérieur brut (PIB) de l’OTAN, hors États-Unis, est dix fois supérieur à celui de la Russie (Russie).
L’étude met en évidence que la société et l’économie russes sont davantage orientées vers la guerre que celles de l’Europe occidentale. Selon les experts, Vladimir Poutine serait plus disposé à accepter des pertes importantes que ses homologues démocratiques. Si le Kremlin percevait une fragilité politique en Europe occidentale, il pourrait être tenté de persévérer malgré les premiers revers, à l’instar de ce qui se passe en Ukraine. Plus la guerre se prolongerait, plus les chances de l’Europe diminueraient.
La première phase d’un conflit impliquerait, selon les experts, l’affaiblissement et l’arrêt de la première offensive russe. Les armées européennes, en particulier les forces polonaises, nordiques, baltes et allemandes, disposeraient d’équipements appropriés, de plans éprouvés et d’un accès aux réseaux ferroviaires et routiers. Contenir les forces russes serait donc possible, à condition que l’Europe ne cède pas à la pression dans les premiers jours.
Cependant, les analystes soulignent les divisions internes au sein de l’OTAN. Tous les pays européens ne considèrent pas la Russie comme une menace majeure. Cette divergence de perception pourrait transformer l’OTAN en une « coalition plus étroite de volontaires », moins puissante. Il n’est pas improbable que des pays comme la Hongrie et la Slovaquie refusent de participer, tandis que la Turquie pourrait privilégier un rôle de médiateur plutôt que de combattant.
Les forces terrestres européennes sont jugées relativement bien préparées pour une guerre de courte durée. L’Europe dispose également de combattants aériens performants, mais manque des ressources fournies par les États-Unis, notamment les plateformes de ravitaillement et de commandement aéroportées. La situation est plus préoccupante en mer, où les Européens devraient répartir leurs forces entre la mer Noire et la mer Baltique, ainsi que les eaux du nord. Un autre point faible est l’espace extra-atmosphérique, où l’absence de capacités américaines en matière de renseignement satellitaire se fait sentir.
« L’Europe n’est pas impuissante, mais s’est dangereusement habituée au potentiel américain », concluent les experts. « Une guerre courte sans troupes américaines est gagnable, mais seulement si l’Europe intensifie radicalement ses préparatifs. »
Source: The Economist
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