Publié le 6 décembre 2023. Les taux d’intérêt à long terme au Japon ont atteint leur plus haut niveau en 27 ans, malgré une émission d’obligations d’État à 10 ans jugée réussie, révélant un manque d’appétit des investisseurs pour la dette publique japonaise.
- Les taux d’intérêt à long terme ont grimpé à 2,130 %, leur niveau le plus élevé depuis 1996.
- L’adjudication d’obligations à 10 ans, perçue comme un test de la demande, s’est déroulée sans incident, mais n’a pas entraîné de retournement de situation sur le marché.
- Les experts pointent une possible hausse future des taux, liée à la faiblesse du yen, à l’inflation et à la politique monétaire de la Banque du Japon.
Le marché obligataire japonais est sous tension. Malgré une émission d’obligations d’État à 10 ans qui s’est déroulée comme prévu, les taux d’intérêt à long terme ont continué de grimper, atteignant 2,130 % ce mercredi, un niveau inédit depuis près de trois décennies. Cette situation témoigne d’un manque d’intérêt des investisseurs pour la dette publique japonaise, malgré des rendements attractifs.
L’adjudication d’aujourd’hui était scrutée de près par les acteurs du marché, qui y voyaient un indicateur de la demande des investisseurs. Les résultats, publiés par le ministère des Finances à 12h35, ont montré que le prix le plus bas était conforme aux attentes, et que les taux d’enchère et les queues étaient dans les moyennes historiques. L’opération semblait donc couronnée de succès.
Pourtant, cet apparent succès n’a pas suffi à inverser la tendance. Dans le sillage de la vente d’obligations américaines, qui a entraîné une hausse des taux d’intérêt outre-Atlantique, les taux longs japonais ont progressivement augmenté à partir de 13 heures, pour finalement clôturer à 2,130 %, en hausse de 1,5 point de base par rapport à la veille.
« Même si l’enchère a donné un résultat équitable, il y avait le sentiment que certains investisseurs en retraite n’avaient pas acheté comme prévu, ou même s’ils l’avaient fait, il s’agissait seulement d’un achat à percussion, ce qui aurait pu conduire à des ventes déçues car la demande des investisseurs n’était pas forte. »
Miku Den, stratège principal en matière de taux d’intérêt chez SMBC Nikko Securities
Selon Miku Den, le manque d’acheteurs est à l’origine de la récente hausse des taux d’intérêt. D’autres analystes partagent ce constat, soulignant que de nombreux acteurs du marché anticipent une nouvelle hausse des taux.
Keisuke Tsuruta, stratège senior en matière de titres à revenu fixe chez Mitsubishi UFJ Morgan Stanley Securities, met en avant les risques liés à la politique monétaire de la Banque du Japon, perçue comme étant en retard sur la courbe de l’inflation et de la dépréciation du yen. Il estime qu’il est probable que le taux d’intérêt à long terme atteigne 2,2 % dans un avenir proche, bien que ce seuil ne représente qu’une étape psychologique.
Les prochains événements à surveiller sont le rapport sur l’emploi aux États-Unis, qui sera publié ce week-end, et la réunion de politique monétaire de la Banque du Japon, prévue les 22 et 23 décembre. Miku Den estime qu’une publication décevante des chiffres de l’emploi américain pourrait entraîner une baisse des taux d’intérêt aux États-Unis, et par conséquent une pression à la baisse sur les taux d’intérêt japonais.
*Correction : Dans l’article initialement publié, la phrase « Les taux d’intérêt diminuent » dans le quatrième paragraphe a été corrigée en « Les taux d’intérêt augmentent ».
(Tomoko Uetake édité par Hitoshi Ishida)
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