L’approbation du traité Mercosur, le 9 janvier, n’a pas calmé la colère des agriculteurs français. Dans l’Hérault, comme ailleurs, ils maintiennent la pression pour obtenir des garanties sur la souveraineté alimentaire et des conditions de travail plus justes.
Rémi Dumas, président des Jeunes agriculteurs de l’Hérault, explique que le problème ne se limite pas au Mercosur. « Ce que l’on conteste, c’est que l’agriculture soit systématiquement sacrifiée dans les accords commerciaux, en échange de concessions sur d’autres produits », déplore-t-il. « Au final, c’est toujours l’agriculture qui trinque. Ces traités posent la question fondamentale de notre souveraineté alimentaire : voulons-nous une production agricole française forte, ou privilégier les importations ? »
L’approbation du Mercosur, selon lui, est un pas de plus vers une dépendance accrue aux produits importés. « Ce qui nous met en rage, c’est que nous exportons des produits d’excellence tout en important des produits qui ne respectent pas nos normes », ajoute-t-il. « Il est impossible d’être compétitifs dans ces conditions. »
Bien que le vote de la France n’ait pas empêché l’approbation du traité, compte tenu de l’instabilité politique actuelle, M. Dumas estime qu’il est crucial que le pays aille jusqu’au bout de sa position. « Nous demandons à l’État de refuser d’exporter des produits qui ne répondent pas aux mêmes normes de production que les nôtres », insiste-t-il. Il plaide pour la mise en place de taxes et un soutien accru à la production agricole française, notamment par l’allègement des charges et des taxes, afin de proposer des prix abordables aux consommateurs.
La mobilisation actuelle des agriculteurs dans l’Hérault ne se limite pas au Mercosur. « La situation est devenue intenable », affirme M. Dumas. « Le Mercosur est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Nous souffrons d’une rémunération insuffisante, d’une augmentation constante des charges, d’une accumulation de contrôles et de contraintes, et d’une concurrence déloyale au sein de l’Europe. »
Il souligne également l’impact d’une conjonction de crises – économique, sociale et climatique – sur toutes les filières agricoles. « Nous demandons un revenu décent pour les exploitations, car c’est le seul moyen de faire face à l’augmentation des charges – de 20 à 30 % ces cinq dernières années – alors que les prix stagnent depuis plus de dix ans », explique-t-il.
Concernant les solutions possibles, M. Dumas évoque la diversification, tout en reconnaissant ses limites. « Sans irrigation et sans organisation des filières, la diversification ne mène nulle part », prévient-il. Il insiste sur la nécessité de créer des retenues collinaires et de moderniser le réseau BRL (Bas Rhône Languedoc). « Nous avons besoin du soutien de nos élus et des consommateurs pour continuer à produire et à faire vivre nos territoires. »
Un autre défi majeur est le renouvellement des générations. D’ici 2030, 26 % des agriculteurs héraultais seront en âge de partir à la retraite. Malgré un intérêt persistant des jeunes pour le métier, l’installation est de plus en plus difficile en raison du contexte économique morose, du changement climatique et des obstacles liés à l’accès au foncier et aux normes. « L’accompagnement financier, comme la Dotation Jeunes Agriculteurs, n’est pas suffisant », conclut-il. « Il faut aussi un accompagnement humain, mais le nouveau service France Service Agriculture, encore en phase de test, manque de moyens. »
Rémi Dumas, 34 ans, est agriculteur depuis 2014, après avoir repris l’exploitation familiale à Saint-Geniès-des-Mourges. Il a diversifié son activité en devenant associé dans une exploitation d’élevage de brebis laitières, et son épouse s’est installée en maraîchage. Il a été président des Jeunes agriculteurs de l’Hérault depuis 2024, après avoir occupé différents postes au sein du syndicat pendant plus de dix ans.
