Home SantéAu milieu de la grave crise que traverse l’île, les Cubains souffrent désormais également d’une épidémie de dengue et de chikungunya.

Au milieu de la grave crise que traverse l’île, les Cubains souffrent désormais également d’une épidémie de dengue et de chikungunya.

by Sophie Martin

Publié le 15 novembre 2025 à 18h00. Cuba est confrontée à une épidémie de dengue, de chikungunya et d’oropouche, aggravée par une crise économique et un système de santé fragilisé, tandis que les autorités reconnaissent enfin l’ampleur de la situation.

  • Cuba déclare officiellement une épidémie de dengue et de chikungunya, avec des milliers de nouveaux cas chaque semaine.
  • Le régime cubain a annoncé qu’il aborderait cette crise sanitaire de la même manière que la pandémie de COVID-19.
  • La crise économique du pays, notamment les pénuries de carburant et de médicaments, entrave les efforts de prévention et de traitement.

Pour la première fois, les autorités cubaines ont qualifié la situation épidémiologique de « épidémie ». Le président Miguel Díaz-Canel a déclaré lors d’une réunion sur les arbovirus : « Nous allons travailler sur cette épidémie comme nous avons travaillé sur le COVID-19 ». Cette annonce intervient alors que l’île est déjà engluée dans de multiples crises : énergétique, démographique, alimentaire et économique.

La situation est particulièrement préoccupante à Santiago de Cuba, où environ 1 200 « cas fébriles non spécifiques » sont signalés quotidiennement. Le journal Giron a quant à lui recensé jusqu’à 4 000 cas hebdomadaires dans la province de Matanzas. Les autorités sanitaires ont confirmé une épidémie de chikungunya dans la municipalité de Perruche dès le mois de juillet, identifiant un premier cas zéro présumé.

Les données officielles restent limitées, mais elles font état de 21 681 cas de chikungunya et d’environ 2 360 cas de dengue, principalement de la variante hémorragique. Les autorités estiment qu’environ 30 % de la population pourrait avoir été infectée par l’un de ces virus, un chiffre bien supérieur aux précédents records.

Ces maladies, en particulier le chikungunya, perturbent la vie quotidienne sur l’île, entraînant des absences dans les administrations publiques, les entreprises privées, les écoles, les hôpitaux et sur les marchés. L’Institut national des sports, de l’éducation physique et des loisirs (Inder) a même été contraint d’annuler les matchs de la Série nationale de baseball en raison de la propagation des arbovirus au sein de plusieurs équipes. Le Ballet national de Cuba a également suspendu ses représentations au Théâtre national de La Havane, « malgré les efforts de réajustement des programmes et des distributions ».

La capacité de réponse du pays est fortement compromise par la crise économique actuelle. Les ressources allouées à la prévention – notamment les campagnes de fumigation – sont réduites par manque de carburant. L’accumulation d’ordures, due à la détérioration des services publics de collecte, est également pointée du doigt comme un facteur aggravant.

Le système de santé cubain, autrefois modèle, est en déclin. Entre 2021 et 2024, il a perdu 29 % de ses médecins et 17 % de ses infirmiers, selon les données de l’Office national de la statistique et de l’information (ONEI). Les pénuries de médicaments sont également récurrentes.

La situation économique globale de Cuba est alarmante, avec des pénuries de nourriture et de carburant, des coupures d’électricité prolongées, une inflation élevée, une dollarisation croissante, une paralysie de la production et une migration massive. Le pays a connu une contraction économique cumulée de 11 % au cours des cinq dernières années, et la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) ne prévoit aucune croissance en 2025. Le déficit public, le surendettement et la décapitalisation des banques d’État compliquent toute perspective de reprise.

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