Publié le 20 novembre 2025 à 04h00. Une enquête du New York Times et de la Fondation KFF révèle une inquiétude grandissante au sein de la communauté immigrée américaine depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, malgré un attachement persistant au pays.
- Près de la moitié des immigrés aux États-Unis (49 %) se sentent moins en sécurité depuis l’élection de Donald Trump.
- La crainte d’une arrestation ou d’une expulsion a doublé en un an, touchant 41 % des personnes interrogées.
- Paradoxalement, 70 % des immigrés affirment qu’ils prendraient à nouveau la décision d’immigrer aux États-Unis.
L’atmosphère de crainte et d’incertitude s’est intensifiée au sein de la population immigrée américaine depuis le retour de Donald Trump à la présidence, selon une enquête approfondie menée conjointement par le New York Times et la Fondation KFF. L’étude, basée sur des entretiens avec 1 805 immigrés d’origines, de statuts juridiques et d’années de résidence variés, met en lumière une anxiété croissante, touchant aussi bien les citoyens naturalisés que les personnes en situation irrégulière.
Près de la moitié des personnes interrogées (49 %) déclarent se sentir moins en sécurité depuis l’arrivée de M. Trump au pouvoir, une augmentation significative par rapport aux résultats d’une enquête similaire réalisée il y a deux ans. La peur d’une arrestation ou d’une expulsion au sein de la famille proche a doublé, passant de 26 % en 2023 à 41 % aujourd’hui. Cette inquiétude est particulièrement forte chez les personnes sans papiers, où elle atteint un niveau élevé de 82 %, mais elle est également ressentie par une part croissante de résidents permanents (50 %) et même par les citoyens américains d’origine immigrée (31 %). En 2023, seulement 12 % des citoyens naturalisés exprimaient cette crainte.
L’étude souligne un paradoxe intéressant : malgré ce climat d’insécurité, l’attachement des immigrés aux États-Unis reste fort. 70 % des personnes interrogées affirment qu’elles prendraient à nouveau la décision d’immigrer si elles avaient la possibilité de remonter le temps, un chiffre comparable à celui enregistré il y a deux ans. Si 60 % des répondants estiment que les États-Unis ne sont plus le pays accueillant qu’ils étaient autrefois, 80 % se disent sur la bonne voie pour atteindre leurs objectifs, qu’ils qualifient de “rêve américain”. 70 % des immigrés déclarent vivre une situation économique meilleure que celle qu’ils connaissaient dans leur pays d’origine, et 74 % estiment que les opportunités éducatives pour eux-mêmes ou leurs enfants sont supérieures.
Selon Pawan Dhingra, expert en immigration à l’Amherst College, cette situation s’explique par le fait que les immigrés comparent souvent leur situation actuelle à celle qu’ils ont laissée derrière eux : « Beaucoup de gens comparent généralement leur décision d’émigrer avec ce qu’ils ont laissé derrière eux, c’est-à-dire des pays où l’insécurité est élevée, où ils ont été persécutés pour des raisons politiques ou religieuses, ou appauvris. C’est pourquoi il n’est pas surprenant que les migrants se sentent moins en sécurité, mais mieux qu’avant. »
L’enquête révèle également une division au sein de la communauté immigrée. 40 % des personnes interrogées soutiennent certaines des mesures prises par l’administration Trump, estimant qu’elles sont nécessaires, tandis que 15 % se disent même « fiers » de la fermeté de la politique migratoire. Ce soutien est plus prononcé chez les citoyens et les résidents installés aux États-Unis depuis longtemps, certains percevant l’immigration récente comme une menace pour la stabilité économique ou sociale.
Depuis son retour à la présidence, Donald Trump a mis en œuvre une série de mesures visant à restreindre l’immigration, notamment la suppression des voies d’asile, l’intensification des raids et des expulsions, le renforcement des exigences en matière de visas et de renouvellements, et la tentative d’accélérer les procédures de révocation de la résidence permanente. Ces mesures ont créé, selon plusieurs universitaires, le climat le plus restrictif pour les immigrants depuis les années 1990.
Aux États-Unis, la population migrante représente environ 52 millions de personnes, dont 46 % sont déjà citoyens et 26 % sont en situation irrégulière.
SERGIO GÓMEZ MASERI – Correspondant EL TIEMPO – Washington
