Publié le 26 janvier 2024 18h30. La Première ministre japonaise Sanae Takaichi, forte d’une popularité persistante, évalue les conditions d’une dissolution anticipée de la Chambre des représentants, avec des élections législatives potentielles en 2026, mais des tensions diplomatiques et économiques pourraient compliquer ses plans.
- Sanae Takaichi, première femme à occuper le poste de Premier ministre japonais, bénéficie actuellement d’un taux d’approbation élevé, autour de 70 %.
- Des tensions avec la Chine, liées à des déclarations concernant Taïwan, et une hausse des taux d’intérêt pourraient éroder ce soutien.
- La majorité parlementaire fragile du gouvernement, malgré une nouvelle coalition, constitue un défi supplémentaire.
L’avenir politique de Sanae Takaichi et de son gouvernement est actuellement au centre de toutes les attentions. Bien que son cabinet conserve un niveau de popularité notable depuis son entrée en fonction en octobre dernier, la Première ministre étudie attentivement le moment opportun pour dissoudre la Chambre des représentants et convoquer des élections anticipées, potentiellement en 2026. Les analystes politiques estiment que ce taux d’approbation élevé est une condition préalable essentielle à une telle décision, mais soulignent également les risques considérables que représentent les tensions diplomatiques et les incertitudes économiques.
La capacité de Mme Takaichi à obtenir des résultats concrets avant les prochaines élections générales sera déterminante. Ses récentes déclarations concernant Taïwan, où elle a suggéré que toute attaque pourrait être perçue comme une menace existentielle pour le Japon et justifier une intervention militaire aux côtés des États-Unis, ont considérablement tendu les relations avec Pékin. La Chine, qui considère Taïwan comme une province renégate, a réagi en conseillant à ses citoyens d’éviter de voyager au Japon et en menaçant des mesures économiques.
Parallèlement, la politique économique de Mme Takaichi a entraîné une augmentation des taux d’intérêt à long terme au Japon, ce qui pourrait également peser sur son soutien populaire. Les experts estiment que la dissolution de la Chambre des représentants pourrait intervenir soit en mars, après l’adoption du budget initial pour l’exercice débutant en avril, soit en juin, à l’issue de la session parlementaire ordinaire. Cependant, Hiroshi Shiratori, professeur de sciences politiques à l’université Hosei, nuance cette perspective :
« Il est possible que Mme Takaichi dissolve la Chambre des représentants au début de la session ordinaire de la Diète, si les taux d’approbation restent élevés. Mais une dissolution aussi précipitée serait irréaliste car il n’y aurait aucune raison valable de le faire. »
Hiroshi Shiratori, professeur de sciences politiques à l’université Hosei
La situation parlementaire du gouvernement est également délicate. Malgré la formation d’une nouvelle coalition avec le Parti de l’innovation japonaise en octobre, le camp au pouvoir ne dispose que d’une faible majorité à la Chambre des représentants et est minoritaire à la Chambre des conseillers, où le Parti libéral-démocrate (PLD) de Mme Takaichi a subi un revers lors des élections de juillet dernier. Cela l’oblige à rechercher le soutien des partis d’opposition pour faire adopter ses projets de loi.
L’influence du Komeito, un parti allié traditionnel du PLD, soutenu par la Soka Gakkai, la plus grande organisation bouddhiste laïque du Japon, sera également cruciale. Bien que le Komeito ait mis fin à son partenariat de 26 ans avec le PLD après l’arrivée au pouvoir de Mme Takaichi, il a adopté une attitude coopérative au cas par cas, votant par exemple en faveur d’un budget supplémentaire pour 2025. Jun Iio, professeur à l’Institut national de hautes études politiques, souligne que le Komeito pourrait adopter une approche sélective lors des prochaines élections, en décidant au cas par cas quels candidats du PLD soutenir.
Selon Koji Nakakita, professeur de sciences politiques à l’université de Chuo, Mme Takaichi pourrait attendre d’avoir réalisé des progrès significatifs dans la mise en œuvre de sa politique avant de déclencher des élections anticipées. La prochaine session ordinaire de la Diète, qui débutera le 23 janvier, sera consacrée à l’examen de projets de loi liés à ses priorités, notamment la création d’un secrétariat national du renseignement et le renforcement des règles concernant les achats de terrains par des acheteurs étrangers.
Les retombées économiques des tensions diplomatiques et de la hausse des taux d’intérêt pourraient également jouer un rôle déterminant. M. Shiratori prédit que ces effets négatifs se feront sentir au premier semestre 2026, ce qui pourrait éroder le soutien au gouvernement.
« L’économie pourrait devenir le talon d’Achille de l’administration Takaichi, qui poursuit des politiques budgétaires responsables mais agressives. »
Hiroshi Shiratori, professeur de sciences politiques à l’université Hosei
