Tübingen : le chauffage urbain à froid de la zone Oberer Kreuzäcker, un pari écologique coûteux pour les habitants. Les promesses d’un système de chauffage durable et économique se heurtent à une réalité faite de factures élevées, de contrats à long terme et d’impossibilité d’utiliser l’énergie solaire autoproduite.
Jens Poetsch, habitant de la nouvelle zone de développement « Oberer Kreuzäcker » à Tübingen-Bühl, avait misé sur le chauffage urbain à froid pour chauffer sa maison de manière respectueuse de l’environnement. Ce système, qui ne nécessite pas de combustibles fossiles, est pourtant devenu source de frustration. Les coûts de l’approvisionnement en chaleur se révèlent nettement plus élevés que prévu.
« J’avais trouvé le concept très convaincant d’un point de vue technique, très durable », explique M. Poetsch. « J’espérais toujours qu’à un moment donné, on puisse aussi en être satisfait économiquement. Avoir un concept conçu pour l’avenir et ne pas avoir à payer un supplément par rapport à d’autres systèmes de chauffage. » Mais cet espoir n’a pas été comblé.
Le projet, présenté comme un modèle en matière d’approvisionnement en chaleur durable, consiste à fournir aux habitations de l’eau froide (entre 4 et 10 degrés Celsius) via un réseau souterrain. Des pompes à chaleur eau glycolée-eau fournissent l’énergie nécessaire au chauffage, alimentées par l’électricité, idéalement issue de sources renouvelables. Le système peut également servir au refroidissement en été.
Cependant, les prix ont grimpé en flèche. Le prix de base a augmenté d’environ 60 % avant même que les premiers foyers ne soient raccordés fin 2023. « En 2021, on parlait d’un prix de base de 1 317 euros par an. Aujourd’hui, il est de 2 133 euros, soit 800 euros de plus par an », déplore M. Poetsch. Pour de nombreuses familles, cela représente des frais fixes annuels dépassant les 2 000 euros, auxquels s’ajoutent la consommation électrique de la pompe à chaleur et une subvention aux frais de construction d’environ 12 000 euros.
« D’après mes calculs, le prix de base représente environ 82 % des coûts annuels. Je peux fermer les portes et les fenêtres autant que je le souhaite, mais financièrement, cela ne fait presque aucune différence », analyse M. Poetsch.
Un autre point de friction : les propriétaires sont liés aux services municipaux pendant au moins dix ans et ne peuvent ni quitter le réseau, ni utiliser l’énergie solaire autoproduite pour le chauffage. Christian S., également résident d’« Oberen Kreuzäcker », se sent fortement limité par l’augmentation des coûts et les obligations contractuelles.
« Nous ne sommes pas autorisés à utiliser l’électricité de notre installation solaire pour la pompe à chaleur, ce qui serait pourtant tout à fait logique. Au lieu de cela, nous devons obtenir l’électricité nécessaire au fonctionnement de la pompe à chaleur auprès des services publics municipaux », s’indigne M. S. Or, tous les nouveaux bâtiments en Bade-Wurtemberg sont tenus d’être équipés de panneaux solaires.
Les services municipaux de Tübingen (swt) reconnaissent l’augmentation des prix, mais la justifient par des impératifs économiques. Ils précisent que les chiffres communiqués en 2021 lors d’une réunion d’information n’étaient que des estimations.
« Nous avons ajusté les coûts selon les clauses contractuelles d’indexation des prix afin de garantir des opérations qui couvrent les coûts », explique swt. L’entreprise reconnaît le mécontentement des clients, mais souligne qu’elle supporte elle-même une partie des coûts supplémentaires. Elle assure également que si les prix du marché baissent, des réductions de prix seront appliquées, comme ce fut le cas en 2024 pour le prix du travail, grâce à des achats d’électricité moins chers.
Une trentaine de propriétaires de la zone de développement se sont regroupés pour contester la politique tarifaire. Avec le soutien d’un centre de conseil aux consommateurs, ils ont saisi l’autorité des cartels énergétiques du Bade-Wurtemberg, qui examine actuellement le dossier. « J’ai écrit à l’autorité des cartels en septembre 2024. Ils ont bien reçu la déclaration des services publics municipaux, mais rien ne s’est passé depuis des mois », regrette M. Poetsch. Beaucoup se sentent également déçus par l’attitude de la ville, qu’ils estiment n’ayant pas joué un rôle de médiateur.
Cet exemple de Tübingen-Bühl illustre les difficultés à concilier objectifs climatiques ambitieux et réalité économique. Si le chauffage urbain à froid est techniquement considéré comme un modèle d’avenir, son succès dépend de l’adhésion des citoyens, qui risquent de se désintéresser si les coûts sont trop élevés. « La durabilité doit être amusante, sinon la transition énergétique ne fonctionnera pas », conclut M. Poetsch. La transition énergétique reste donc un défi non seulement technique, mais aussi social.
À la lumière de cette situation, la ville de Tübingen ne prévoit pas de déployer un nouveau réseau de chauffage urbain à froid dans la nouvelle zone de développement de Tübingen-Pfrondorf, le considérant trop coûteux et inefficace.
Diffusion le vendredi 31 octobre 2025, 16h30, SWR4 BW Studio Tübingen
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