Publié le 2 octobre 2025. L’Amérique latine et les Caraïbes connaissent une expansion rapide de leurs projets pétroliers et gaziers, malgré les engagements internationaux en matière de climat, une situation dénoncée par les organisations environnementales qui pointent du doigt le financement massif de banques européennes et américaines.
- Plus de 28 milliards de dollars ont été investis depuis 2022 dans l’exploration de nouveaux gisements de pétrole et de gaz dans la région.
- Les compagnies pétrolières publiques, notamment Petrobras au Brésil et Pemex au Mexique, jouent un rôle central dans cette expansion, en misant sur des technologies à haut risque comme la fracturation hydraulique.
- Le financement de ces projets provient en grande partie de banques européennes, en particulier espagnoles, et de fonds d’investissement américains.
L’exploitation des hydrocarbures en Amérique latine et dans les Caraïbes connaît une accélération inquiétante. Selon un rapport publié ce mercredi par plusieurs organisations environnementales – Urgewald, Arayara, Argentine Farn, Connexions Climatiques et Amazon Watch – les entreprises du secteur ont dépensé plus de 28 milliards de dollars (28,3 milliards d’euros) depuis 2022 pour l’exploration de nouveaux gisements de pétrole et de gaz.
Le Brésil et le Mexique sont en première ligne de cette expansion, avec Petrobras et Pemex comme acteurs majeurs. Petrobras, la compagnie pétrolière semi-publique brésilienne, représente à elle seule 29 % de l’augmentation prévue de la production de pétrole et de gaz dans la région. Elle est suivie par des compagnies privées américaines, la compagnie argentine YPF, le géant pétrolier Shell et Pemex, l’entreprise publique mexicaine.
Les auteurs du rapport soulignent l’implication des compagnies pétrolières publiques, en particulier Petrobras et Pemex, qui misent fortement sur des méthodes d’extraction controversées et considérées comme à haut risque par les écologistes. Il s’agit notamment de la fracturation hydraulique (fracturation) et de l’exploitation en eaux ultraprofondes (plus de 6 000 mètres).
« Il n’y a pas de transition vers les énergies propres dans les entreprises publiques », a déclaré Heffa Schücking, d’Urgewald, l’une des autrices du rapport. « Petrobras, par exemple, tire 98 % de ses revenus des combustibles fossiles. »
L’étude révèle également que l’expansion du secteur pétrolier latino-américain est fortement soutenue par un financement externe. Au cours des trois dernières années, 297 banques ont accordé plus de 138 milliards de dollars (139,5 milliards d’euros) aux entreprises développant de nouveaux projets liés aux combustibles fossiles dans la région.
Les banques européennes sont les principales sources de financement, représentant environ 29 % du total. La banque espagnole Santander arrive en tête avec 9,9 milliards de dollars (9,4 milliards d’euros) de financement, suivie de BBVA (Espagne) avec 4,5 milliards de dollars (4,3 milliards d’euros), de HSBC (Royaume-Uni) avec 4,4 milliards de dollars (4,2 milliards d’euros) et de la Deutsche Bank (Allemagne) avec 3,4 milliards de dollars (3,2 milliards d’euros). Les banques américaines suivent avec 25 %, les banques canadiennes avec 14 % et les banques chinoises avec 10 %.
Par ailleurs, les banques européennes détiennent également des parts et des investissements dans des obligations de ces entreprises. La banque suisse UBS a ainsi investi plus de 5,5 milliards de dollars (5,2 milliards d’euros) dans des compagnies pétrolières, dont Petrobras.
Les plus grands investisseurs institutionnels dans les sociétés pétrolières latino-américaines sont les fonds américains BlackRock (35,3 milliards de dollars, soit 33,7 milliards d’euros) et Capital Group (16,8 milliards de dollars, soit 16,1 milliards d’euros).
« Ces chiffres reflètent la dépendance des compagnies pétrolières latino-américaines aux capitaux étrangers pour maintenir et étendre leurs opérations, malgré l’appel mondial à une transition énergétique », a critiqué Heffa Schücking.
Mary Mijares, d’Amazon Watch, a souligné que « les banques et les investisseurs considèrent que l’investissement dans l’énergie fossile est sûr, car il a le soutien de l’État ». Elle a également évoqué le cas du Pérou, où le gouvernement a accordé une série de renflouements financiers à la compagnie pétrolière d’État Petrperú pour lui assurer une liquidité à court terme.
Au Mexique, Pemex continue de bénéficier de subventions publiques, malgré ses dettes importantes et les scandales de corruption qui la touchent. Récemment, une mafia composée d’officiers de la marine, d’hommes d’affaires, de politiciens et d’employés de Pemex a été démantelée pour avoir fait passer en contrebande des quantités importantes de carburant vers les États-Unis, causant un préjudice d’environ 42 milliards de dollars (39,8 milliards d’euros) au trésor public.
L’expansion des combustibles fossiles a également des conséquences néfastes sur les communautés locales, qui subissent la contamination, le déplacement et les menaces. Au Brésil, le peuple Mura est confronté à l’exploration pétrolière près de ses territoires, sans consultation ni mesures d’atténuation adéquates. Jonas Mura, porte-parole et chef autochtone, a témoigné : « Nous n’avons appris l’existence de l’exploration que lorsque les machines sont arrivées. Ils ont coupé des milliers d’arbres et contaminé notre rivière. Ils ont menacé et brûlé ma maison. Nous continuerons à nous battre pour nos droits. »
Le rapport met en garde contre l’intensification de la crise climatique due à cette expansion du pétrole et du gaz, qui freine les investissements et les politiques nécessaires à une transition énergétique rapide et équitable. Il appelle à un désinvestissement urgent et à la cessation du financement par les banques et les investisseurs mondiaux.
(CP)
À lire aussi
