Le fonds canadien Brookfield a officialisé, le 19 mai 2026, un projet de restructuration massif de 200 millions d’euros pour le BHV Marais à Paris. Sous la direction de la société Aroxys, l’emblématique bâtiment de la rue de Rivoli va muter en un complexe mixte combinant boutiques indépendantes et hôtel de luxe d’ici quatre ans.
Le basculement de propriété vers Brookfield
L’ère du BHV tel que les Parisiens le connaissent touche à sa fin. Depuis janvier dernier, le contrôle des murs de l’institution historique a changé de mains, passant des Galeries Lafayette au fonds canadien Brookfield. Selon Le Bonbon, ce changement de propriétaire marque le début d’une métamorphose profonde de l’ADN du lieu.
Cette transaction marque une séparation nette entre la gestion opérationnelle et la détention immobilière. Tandis que Brookfield a acquis l’actif immobilier pour optimiser le rendement de son portefeuille de “prime real estate”, la Société des Grands Magasins (SGM) conserve l’exploitation commerciale via un contrat de location. Cette stratégie de désengagement des murs, déjà observée chez d’autres acteurs du retail européen, permet aux Galeries Lafayette de se recentrer sur son cœur de métier tout en cédant un actif à haute valeur patrimoniale.
Cette mutation intervient dans un contexte de fragilité commerciale. Alors que certains observateurs, cités par L’Union, décrivent les étages de l’établissement comme étant devenus « déserts », la direction cherche à inverser la tendance. Cette baisse d’attractivité est en partie attribuée à une collaboration récente avec la marque chinoise d’ultra fast-fashion Shein, une décision qui a provoqué le désamour d’une partie de la clientèle fidèle du quartier Marais, sensible à l’éthique de la marque et à la cohérence de l’offre avec le standing du quartier.
Une restructuration de 200 millions d’euros pilotée par Aroxys
Pour redynamiser ce monument du commerce ouvert en 1856, le montant de l’investissement est colossal. Ce projet de 200 millions d’euros, consigné par Actu.fr, est confié à la société Aroxys. L’objectif est de transformer les 45 000 m² du site pour répondre aux nouveaux modes de consommation.
Le mandat confié à Aroxys porte sur l’intégralité du cycle de développement, de la phase de conception architecturale à la livraison finale. Ce plan de dépenses (CAPEX) est destiné à moderniser les infrastructures techniques du bâtiment, tout en réaménageant les flux de circulation pour séparer les flux de clients “retail” des flux de la clientèle “hospitality”. L’investissement cible prioritairement la création de nouveaux volumes pour l’hôtellerie et la mise en conformité énergétique du bâtiment historique.
| Indicateur de transformation | Détails du projet |
|---|---|
| Budget total estimé | 200 millions d’euros |
| Surface conservée par la SGM | 40 % du bâtiment |
| Surface redéfinie (mixte) | 60 % du bâtiment |
| Délai de réalisation | Environ 48 mois |
Une hybridation commerciale vers le luxe et le tourisme
Le modèle traditionnel du grand magasin s’efface au profit d’un espace hybride. La Société des Grands Magasins (SGM) verra sa présence réduite, mais l’offre de vente de détail ne disparaîtra pas totalement. Le projet prévoit de maintenir certains piliers de l’identité du BHV, notamment l’espace beauté, l’halle alimentaire, le secteur de la seconde main et même une marque de vêtements propre au BHV.

La grande innovation réside dans la diversification des usages. Les 60 % de la surface non occupés par la SGM accueilleront des flagships de grandes enseignes et des commerces de centre-ville cloisonnés, adoptant les codes d’un ensemble commercial traditionnel. En haut de l’édifice, les deux derniers étages seront transformés en un hôtel de luxe. La gestion de cet établissement devrait être confiée à l’Experimental Group, un acteur qui maîtrise déjà le marché parisien avec trois établissements dans la capitale, dont le concept repose sur le “lifestyle hospitality” visant une clientèle internationale à haut pouvoir d’achat.
Les zones d’ombre : permis de construire et avenir social
Si le projet est ambitieux, il soulève des questions cruciales sur la pérennité des acteurs en place et la protection des emplois. Pour la SGM, dirigée par Frédéric Merlin, le statut change radicalement : l’opérateur historique devient un simple locataire. Sa présence est d’autant plus précaire que la pérennité de son bail n’est garantie que pour les cinq prochaines années, une clause qui introduit une incertitude majeure dans les prévisions financières de l’enseigne à moyen terme.

L’impact humain reste la principale inconnue de cette transition. À ce jour, aucune communication officielle n’a été faite concernant le sort des quelque 700 salariés du bâtiment. Les représentants syndicaux, qui surveillent de près le dossier, pointent la nécessité de garantir le maintien des contrats de travail malgré le changement de modèle économique. Leur intégration dans ce nouveau modèle hybride demeure totalement incertaine, notamment pour les fonctions liées aux étages actuellement sous-performants.
Enfin, le projet doit encore franchir l’étape administrative majeure. La Ville de Paris n’a pas encore validé le permis de construire nécessaire à la création de l’hôtel, une décision qui conditionnera la mise en œuvre de cette mutation massive de la rue de Rivoli. Le dossier sera soumis à l’examen des Architectes des Bâtiments de France (ABF), compte tenu de la classification patrimoniale de l’immeuble et de son insertion dans le périmètre protégé de l’axe historique parisien. Le respect du Plan Local d’Urbanisme (PLU) concernant la conversion d’espaces commerciaux en unités d’hébergement touristique constitue un verrou réglementaire déterminant pour Aroxys et Brookfield.
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