Santiago du Chili – Des experts de toute l’Amérique latine et d’Espagne se sont réunis à l’Université du Chili le 14 novembre 2025 pour un symposium international consacré aux biobanques, soulignant l’urgence d’un cadre réglementaire et d’un financement durable pour ces collections biologiques, essentielles à l’avancement de la médecine de précision.
Le premier « Symposium international sur les biobanques », organisé par la Faculté de médecine de l’Université du Chili (FMUCH), a mis en évidence le rôle crucial des biobanques en tant que patrimoine scientifique et moteur d’innovation dans le domaine de la santé. La nécessité de plateformes de recherche solides et d’une collaboration accrue entre les institutions a été au cœur des discussions.
Plusieurs personnalités de premier plan ont participé à l’ouverture de l’événement, notamment le Dr Eva Ortega, secrétaire générale de la recherche du ministère de la Science, de l’Innovation et des Universités d’Espagne, et Alexandra Pizarro, directrice nationale de l’Agence Nationale de Recherche et de Développement (ANID). Étaient également présents le Dr Sung Hyuk Kim, chef de l’Agence Nationale de Prévention et de Lutte contre le Cancer (ANACAN), le Dr Christian González, vice-recteur de recherche et développement de l’Université du Chili, et le Dr Loreto Vergara, directrice médicale adjointe de l’Hôpital Clinique de l’Université du Chili (HCUCH).
Le Dr Iskra Signore, de l’Université d’Atacama (UDA), a souligné l’importance de la collaboration dans ce domaine : « Ce symposium est une étape importante. Après 20 ans à l’Université du Chili, parler depuis une nouvelle université a une signification particulière, car nous collaborons depuis plus d’endroits. » Elle a insisté sur la nécessité de passer d’une approche individuelle à une approche collaborative pour renforcer la recherche en tant que bien commun.
Le Dr Alicia Colombo, directrice scientifique de la Biobanque de Tissus et Fluides de l’Université du Chili, a expliqué l’évolution des biobanques au XXIe siècle : « Les biobanques ne sont plus de simples entrepôts, mais sont devenues un exemple de discipline, de réseau collaboratif et démocratique et de travail constant, avec une importance vitale dans l’articulation et la gestion des données. » Cependant, elle a souligné un obstacle majeur au développement de ces structures en Amérique latine : « Malheureusement, dans notre région, il n’y a pas de lois, pas de ressources allouées aux biobanques, ni de base réglementaire. Au Chili, nous sommes endettés ; la base réglementaire est nécessaire pour promouvoir l’activité et pouvoir la financer. »
Le Dr Colombo a insisté sur la dimension éthique de la gestion des biobanques : « Les biobanques sont un patrimoine scientifique de toute la population. Dans ces lieux, sont conservés des échantillons d’individus altruistes qui ont fait des dons pour faire avancer la science. Pour cette raison, nous avons la responsabilité d’en être les gardiens et de favoriser leur expansion pour promouvoir la recherche scientifique, selon des normes éthiques et de qualité rigoureuses. »
Le Dr Christian González a quant à lui souligné l’importance des biobanques pour la mission de l’Université du Chili : « Les biobanques ont cessé d’être des espaces de stockage passifs, mais sont devenues des entités dynamiques au service de la connaissance. » Il a également évoqué l’exemple de la Biobanc britannique, qui compte un demi-million de participants, comme un modèle à suivre pour la région.
Le Dr Loreto Vergara a apporté un éclairage opérationnel, soulignant que la biobanque de l’HCUCH, créée en 2012, compte déjà près de 100 000 échantillons, témoignant de son utilité pour la recherche biomédicale. Elle a insisté sur la nécessité de traiter les échantillons avec les plus hauts standards de qualité et de protection de la vie privée.
Alexandra Pizarro, de l’ANID, a reconnu l’importance de ces initiatives pour l’écosystème scientifique : « C’est un grand plaisir de voir des initiatives comme celle-ci, qui répondent au besoin de disposer de collections suivant des protocoles stricts. » Elle a valorisé la transition des biobanques « du statut de collections à celui d’outils essentiels pour la science des données ». Elle a également souligné l’opportunité de développer des politiques communes pour consolider les réseaux de biobanques au niveau régional.
Enfin, le Dr Sung Hyuk Kim a lié les biobanques à la politique de santé publique et à la loi nationale sur le cancer : « Dans le contexte de la loi sur le cancer, qui impose la recherche scientifique, les biobanques nous permettent d’obtenir des preuves locales, si fondamentales pour améliorer les traitements dans notre région. » Il a souligné la nécessité d’adapter la médecine personnalisée aux spécificités ethniques et sociales de la population latino-américaine.
Le symposium a été complété par des présentations spécialisées sur la gestion, l’éthique et la réglementation des biobanques, notamment des interventions du Dr Juan Lecaros (Universidad del Desarrollo), du Dr Sandro Casavilca (Pérou) et du Dr Eva Ortega (Espagne).
En accueillant cet événement, l’Université du Chili a réaffirmé son rôle de leader dans le développement de réseaux de recherche scientifique de pointe. Les discussions ont mis en évidence la nécessité d’investir dans une gouvernance solide, des normes de qualité rigoureuses et la confiance du public pour faire progresser la recherche en santé en Amérique latine.