Home NouvellesBonne Saint-Jean malgré tout | Le Journal de Montréal

Bonne Saint-Jean malgré tout | Le Journal de Montréal

by Nicolas Lefèvre

Osons le dire, la fête de la Saint-Jean, cette année, sera bizarre.

Primo, parce qu’en 2025, ce n’est pas le nationalisme québécois qui a le vent en poupe, mais le nationalisme canadien.

À cause de Trump, le rouge a remplacé le bleu comme couleur la plus cool du pays. Même le Bloc est tombé sous le charme d’Ottawa, pour vous dire.

Ce n’est plus le Québec, le mouton noir du fédéralisme, c’est l’Alberta.

Et secundo, ça sera la première Saint-Jean sans Stéphane Venne, qui est décédé en janvier.

Les yeux en cinérama

Venne est l’un de ceux qui ont le mieux chanté le Québec moderne.

Celui des années 70, quand les Québécois «avaient des yeux en cinérama», que la «moitié des gens n’avaient pas 30 ans» et que tout semblait possible.

J’ai eu la chance de grandir dans ces années-là.

C’était magique.

On sentait le vent nous pousser dans le dos. Comme chantait le PQ pendant sa campagne victorieuse de 1976: «À partir d’aujourd’hui, demain nous appartient…»

«La Terre est à l’année zéro, l’infini ne nous effraie pas, nous voilà devenus des oiseaux…»

«Et c’est pas fini, c’est rien qu’un début, la grande extase, on l’a pas encore vue…»

«Le temps est bon, le ciel est bleu…»

C’est comme si l’Expo 67 avait sorti le Québec d’un long coma.

Rien ne pouvait nous arrêter.

50 ans plus tard, on a l’impression que c’est le contraire.

Tout nous arrête.

Le Québec est sur «pause».

Coupures en éducation et en santé, vieillissement de la population, baisse record du taux de natalité, infrastructures qui craquent de partout…

«C’est le début d’un temps nouveau», chantait-on dans les années 70.

Quel jeune pense ça aujourd’hui?

On n’a jamais vu autant de mineurs sur les antidépresseurs.

La nation s’effrite

Je sais, on ne devrait pas écrire ça la veille de notre fête nationale, ça casse le party. Mais que voulez-vous, c’est la réalité.

Le Québec a «la fale à terre».

Ferland est mort, Charlebois a 80 ans, Tremblay 82, Deschamps 89, Clémence 91, Dodo 92, Denise 94.

«J’sais pu où chu rendu», chantait Charlebois en 1968.

À l’époque, c’était à cause de la drogue.

Aujourd’hui, c’est parce qu’on est à court d’idées. D’options. D’argent.

Je sais que Stéphane Archambault, de Mes Aïeux, n’aime pas qu’on utilise la (brillante) chanson Dégénérations pour passer un message politique, reste que c’est ça pareil.

Notre société avance par en arrière.

Économiquement, les jeunes sont moins avantagés que leurs parents.

Le Québec se divise maintenant en petites communautés – sexuelles, ethniques, religieuses.

Chacune tirant la couverture de son bord.

Après la partition territoriale, place à la partition identitaire.

La nation, qui nous portait et nous donnait des ailes, n’a plus le vent dans les voiles.

Elle est même devenue suspecte.

Question Quiz

Voici venu le moment où je dois vous laisser sur une note positive, optimiste.

Honnêtement, je ne sais pas quoi vous dire.

«Il ne reste qu’un seul projet intéressant pour le Québec, et c’est l’indépendance», m’a déjà dit le chroniqueur Daniel Latouche.

Mais Latouche avait 25 ans en 1970.

Ce projet intéresse-t-il ceux qui ont 25 ans aujourd’hui?

#Bonne #SaintJean #malgré #tout #Journal #Montréal
2025-06-23 04:20:00

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.