Home SantéBrouter ou brouter : une nouvelle étude remet en question les hypothèses sur la nutrition des éléphants d’Asie

Brouter ou brouter : une nouvelle étude remet en question les hypothèses sur la nutrition des éléphants d’Asie

by Sophie Martin

Publié le 2024-02-29 14:35:00. Longtemps considérés comme des animaux privilégiant le broutage, les éléphants d’Asie se nourrissent en réalité d’une grande variété de végétaux, y compris de l’herbe, sans que cela n’affecte leur apport nutritionnel, selon une nouvelle étude menée en Inde.

  • Une étude récente remet en question l’idée que le broutage est plus nutritif que le pâturage pour les éléphants d’Asie.
  • Les chercheurs ont analysé les excréments d’éléphants sauvages dans le parc national de Nagarahole, en Inde, pour déterminer leur régime alimentaire.
  • Les choix alimentaires des éléphants pourraient influencer la composition des forêts et leur capacité à stocker le carbone.

Une croyance tenace, ancrée dans l’observation des éléphants d’Afrique évoluant dans les savanes, voulait que les éléphants d’Asie tirent la majeure partie de leur subsistance du broutage – la consommation de feuilles, d’écorces et de tiges d’arbres. On supposait que ce régime était plus riche en protéines, essentielles à leur croissance et à leur bien-être. Or, une nouvelle étude, menée par une équipe internationale de chercheurs, vient remettre en question cette hypothèse. Les résultats, basés sur l’analyse du régime alimentaire d’éléphants sauvages dans le sud de l’Inde, suggèrent que l’herbe peut être aussi bénéfique que le broutage pour ces mégaherbivores.

L’étude, fruit d’une collaboration entre le Centre national des sciences biologiques de Bangalore, l’Université de Turku (Finlande), le Sasakawa Global Ocean Institute (Suède), le Centre Jawaharlal Nehru pour la recherche scientifique avancée (Bangalore) et l’Université des sciences agricoles de Bangalore, s’est concentrée sur les éléphants du parc national de Nagarahole. Ce parc, caractérisé par une forêt dense et sèche de feuillus où l’herbe est relativement rare, a offert un cadre idéal pour tester les théories existantes. Les chercheurs ont collecté 102 échantillons de fumier frais au cours des différentes saisons – humide, début de la saison sèche et pleine saison sèche – afin d’analyser précisément la composition du régime alimentaire des éléphants.

L’analyse des excréments s’est avérée particulièrement instructive. Les éléphants étant des digesteurs peu efficaces, leurs déchets contiennent une quantité importante de matière végétale non digérée, reflétant fidèlement ce qu’ils ont consommé. Pour déterminer la proportion d’herbe et de broutage dans leur alimentation, l’équipe a utilisé une technique d’analyse des isotopes stables du carbone. Cette méthode repose sur le fait que les graminées (souvent des plantes C4) et les arbres ligneux (plantes C3) ont des processus de photosynthèse différents, laissant des « empreintes » isotopiques distinctes dans les tissus et les excréments des animaux. En mesurant le rapport entre les isotopes lourds et légers du carbone, les chercheurs ont pu quantifier la part de chaque type de végétation dans l’alimentation des éléphants.

Ces données ont été complétées par une analyse chimique de la teneur en azote des selles. L’azote étant un composant essentiel des protéines, des niveaux plus élevés d’azote indiquent généralement un régime alimentaire plus riche en protéines. Or, contre toute attente, les résultats ont montré que les régimes alimentaires riches en broutage ne se traduisaient pas par des niveaux de protéines plus élevés. Au contraire, les plantes ligneuses et les non-légumineuses, qui constituent l’essentiel du menu des éléphants de forêt, n’offraient aucun avantage nutritionnel significatif par rapport aux graminées.

Cette découverte nuance les conclusions d’études antérieures, comme celles menées par l’écologiste R. Sukumar, qui avaient analysé les isotopes du carbone présents dans le collagène des os d’éléphants et suggéré que le broutage était la principale source de protéines. Cependant, ces études se basaient sur des déductions concernant le régime alimentaire sur l’ensemble de la vie des animaux, plutôt que sur l’évaluation de la valeur nutritionnelle immédiate de leur alimentation quotidienne. La nouvelle étude comble cette lacune en examinant l’apport nutritionnel immédiat et en le comparant à une base de données exhaustive des valeurs nutritionnelles de 141 espèces de plantes consommées par les éléphants d’Asie.

Les chercheurs soulignent que la catégorie du « broutage » est en réalité très hétérogène. Si les jeunes feuilles tendres peuvent être nutritives, une grande partie du régime alimentaire d’un éléphant est constituée de tiges ligneuses, de brindilles et d’écorce, qui sont riches en fibres et pauvres en protéines. De plus, l’étude met en évidence la rareté des légumineuses fixatrices d’azote, naturellement riches en protéines, dans les forêts de Nagarahole. Un éléphant se nourrissant principalement de bois et d’écorce non légumineuses reçoit donc un apport nutritionnel très différent de celui d’un éléphant mangeant des herbes riches en nutriments.

Au-delà de l’aspect nutritionnel, les chercheurs avancent une théorie du « filtre de mortalité » ou du « piège à éléphants » pour expliquer comment les choix alimentaires peuvent façonner l’environnement forestier. Dans les forêts où l’herbe est rare, les éléphants sont contraints de brouter les jeunes arbres toute l’année, privilégiant les espèces à croissance rapide, généralement plus savoureuses et moins denses. En consommant constamment ces jeunes arbres, les éléphants pourraient empêcher leur maturation, modifiant ainsi la composition de la forêt en faveur d’espèces à croissance lente et à forte densité de bois. Ces dernières stockent mieux le carbone, ce qui suggère que les choix alimentaires des éléphants pourraient jouer un rôle dans la capacité des forêts à séquestrer le carbone et à atténuer le changement climatique.

Dans un contexte de conflits croissants entre l’homme et la faune et de réduction des habitats, il est crucial de mieux comprendre l’écologie fondamentale de ces animaux. Cette étude démontre qu’une population d’éléphants en bonne santé a besoin d’un paysage diversifié, offrant à la fois les ressources essentielles de la forêt et la nutrition des prairies, afin de garantir à ces créatures majestueuses l’énergie dont elles ont besoin pour survivre dans un monde en mutation.

Cet article a été rédigé à l’aide de l’IA générative et édité par un éditeur de Research Matters.

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