Home Monde“Bruxelles franchit aujourd’hui le Rubicon”, déclare Orbán à propos du gel des avoirs russes

“Bruxelles franchit aujourd’hui le Rubicon”, déclare Orbán à propos du gel des avoirs russes

by Clara Dubois

Publié le 12 décembre 2025 à 19h57, mis à jour à 21h32. L’Union européenne a pris une décision controversée en autorisant l’immobilisation à long terme des avoirs de la Banque centrale russe, une mesure destinée à financer la reconstruction de l’Ukraine, suscitant l’ire du Premier ministre hongrois Viktor Orbán qui dénonce une violation de l’État de droit.

  • L’UE a décidé de contourner l’exigence d’unanimité pour maintenir le gel des 210 milliards d’euros d’actifs russes.
  • Viktor Orbán critique vivement cette procédure, la qualifiant de franchissement d’un « Rubicon » et de violation des traités européens.
  • La Banque centrale russe a annoncé son intention d’engager une procédure judiciaire pour contester cette décision.

Cette décision, prise jeudi par les ambassadeurs des États membres, s’appuie sur l’article 122 des traités de l’UE, qui permet une majorité qualifiée pour faire face à des situations d’urgence économique. Jusqu’à présent, le gel des avoirs russes était renouvelé tous les six mois à l’unanimité, une procédure rendue vulnérable aux vetos individuels. La Commission européenne a justifié cette nouvelle approche en invoquant l’impact économique « sérieux » de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, notamment les perturbations de l’approvisionnement, l’incertitude accrue et la baisse des investissements.

La majeure partie de ces actifs, soit 185 milliards d’euros, est détenue par Euroclear, un dépositaire central de titres basé à Bruxelles. Les 25 milliards d’euros restants sont conservés dans des banques privées. La Commission européenne a également mis en avant une série d’attaques hybrides, incluant des incursions de drones, des actes de sabotage et des campagnes de désinformation, comme éléments justifiant cette mesure exceptionnelle.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Viktor Orbán a dénoncé une atteinte à l’État de droit :

« La décision d’aujourd’hui mettra fin à l’État de droit dans l’Union européenne et les dirigeants européens se placeront au-dessus des règles. Au lieu de garantir le respect des traités de l’UE, la Commission européenne viole systématiquement le droit européen. »

La Hongrie est déjà soumise à une procédure au titre de l’article 7 depuis 2018, en raison de préoccupations concernant des violations des valeurs fondamentales de l’UE, notamment en matière d’État de droit. De plus, une partie importante des fonds européens alloués à Budapest est conditionnée à des réformes visant à remédier à ces violations. Orbán a par le passé utilisé le droit de veto pour influencer les décisions de l’UE ou obtenir des concessions. En 2024, il déclarait à ce sujet :

« Nous sommes le sable dans la machinerie, le bâton entre les rayons, l’épine sous l’ongle. »

La Banque centrale russe a réagi en annonçant l’ouverture d’une procédure judiciaire pour « récupérer des dommages et intérêts », accusant Euroclear d’avoir bloqué l’accès à ces actifs. La Commission européenne a rapidement rejeté cette plainte, la qualifiant de « spéculative » et infondée.

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