Deux piliers du punk britannique, Buzzcocks et The Stranglers, ont prouvé que l’âge n’est qu’un chiffre lors d’une soirée mémorable à Leeds. Malgré les pertes et les changements de line-up, les deux groupes continuent de captiver leur public avec une énergie et une inventivité intactes.
Steve Diggle, seul membre fondateur encore en vie de Buzzcocks après le décès de Pete Shelley en 2018, a fêté ses 70 ans cette année. Sur scène, il conserve l’enthousiasme et le sourire espiègle qui ont fait sa marque, ponctuant même ses solos d’un geste singulier : désigner une personne dans le public, réelle ou imaginaire.
Le groupe a livré un set d’une quarantaine de minutes, mettant en avant le jeu de guitare énergique de Diggle, saturé de larsen. Des classiques comme « What Do I Get ? » et « I Don’t Mind » ont résonné avec une gloire brute, tandis qu’une version plus lente de « Orgasm Addict » a perdu une partie de son originalité sans la voix nasillarde caractéristique de Shelley. La voix de Diggle, plus proche de celle de Francis Rossi (Status Quo), n’a pas empêché « Ever Fallen In Love (With Someone You Shouldn’t Have?) » de conserver tout son charme. Le groupe a également présenté « Manchester Rain », considérée comme la meilleure composition de Diggle depuis des décennies, et « Harmony In My Head », rappelant que Shelley n’était pas le seul auteur des succès du groupe.
De son côté, The Stranglers, mené par le bassiste Jean-Jacques Burnel (73 ans), est également confronté à l’absence de membres originaux, notamment du batteur Jet Black et du claviériste Dave Greenfield. Cependant, l’arrivée de Baz Warne, guitariste et chanteur, il y a 25 ans, a permis au groupe de se maintenir à flot. Warne a dépassé la durée de présence du chanteur original, Hugh Cornwell, parti en solo en 1990.
Ensemble, Warne et Burnel ont surmonté les difficultés, notamment le déclin des ventes d’albums et les changements de line-up. Leur album de 2021, Dark Matters, a marqué un retour remarqué dans le Top 5 des charts britanniques. Il est impressionnant de constater que le groupe attire aujourd’hui des salles plus grandes qu’à l’époque de ses plus grands succès, et qu’il compte un public plus jeune.
Fidèles à leur esprit rebelle, The Stranglers ont proposé une setlist intrigante et maîtrisée, démontrant leur capacité à se réinventer tout en conservant leur identité sonore unique. Le concert a alterné entre des morceaux électro-pop ludiques (« Thrown Away », « Pin-Up »), des ballades douces (« Strange Little Girl ») et l’incontournable « Golden Brown », une valse atypique dont les paroles évoqueraient l’héroïne.
Les chansons « Was It You ? » et « Always The Sun », qui abordent les thèmes de l’autoritarisme et de la division, ont trouvé un écho particulier dans le contexte actuel. Warne a d’ailleurs adapté les paroles de « Peaches » en référence à l’actualité : « Je peux imaginer des endroits moins agréables… comme dans la tête du Prince Andrew. »
Les nouveaux morceaux ont également séduit le public, avec des compositions sombres et épiques, enrichies de touches reggae, de chamber pop et d’arrangements orchestraux. Malgré un répertoire riche, le groupe a choisi de ne pas interpréter certains de ses plus grands succès, comme « Walk On By » et « Nice ’N’ Sleazy », au profit de « Mean To Me », un morceau de 1977 joué pour la troisième fois seulement de sa carrière. La fin du concert a été marquée par une succession de classiques incontournables.
Tout au long de la soirée, Jean-Jacques Burnel, ancien « enfant terrible » du punk, a semblé empreint d’une certaine nostalgie, comme s’il prenait conscience de la valeur de chaque instant. Baz Warne, avec humour, a plaisanté en disant : « À dans 51 ans », mais avec plus d’un demi-siècle d’expérience, The Stranglers se portent remarquablement bien.
SET LIST THE STRANGLERS :
- Goodbye Toulouse
- Straighten Out
- Was It You?
- Skin Deep
- 15 Steps
- 5 Minutes
- Tramp
- Instead Of This
- Strange Little Girl
- Golden Brown
- Thrown Away
- Pin Up
- Peaches
- Mercury Rising
- White Stallion
- Dead Ringer
- Breathe
- Something Better Change
- Duchess
- Hanging Around
ENCORE :
- Always The Sun
- Mean To Me
- No More Heroes
SET LIST BUZZCOCKS :
- What Do I Get?
- I Don’t Mind
- Promises
- Senses Out Of Control
- Sick City Sometimes
- Why Can’t I Touch It?
- Destination Zero
- Orgasm Addict
- Manchester Rain
- Ever Fallen In Love (With Someone You Shouldn’t Have?)
- Harmony In My Head
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