Home Santéça commence à 12 ans, boom de la cocaïne et du fentanyl

ça commence à 12 ans, boom de la cocaïne et du fentanyl

by Sophie Martin

Publié le 2024-11-21 10:00:00. L’âge de la première consommation de drogues en Calabre s’abaisse dangereusement, tandis qu’une banalisation de la cocaïne et l’arrivée potentielle d’opioïdes de synthèse comme le fentanyl inquiètent les spécialistes, qui alertent sur une urgence générationnelle.

  • L’âge moyen de la première consommation de drogues est désormais de 12 à 13 ans.
  • La cocaïne, autrefois perçue comme une drogue d’élite, est devenue largement accessible et contribue à une dégradation de la santé mentale.
  • L’arrivée imminente d’opioïdes de synthèse, notamment le fentanyl, représente une menace mortelle accrue.

Une mutation silencieuse mais dévastatrice affecte les addictions en Calabre, alors que l’attention du public et des pouvoirs publics semble s’être relâchée. C’est l’alarme lancée par Crea Calabria (Coordination régionale des services agréés en toxicomanie), dont la présidente, Vittoria Scarpino, dénonce une « urgence générationnelle sans précédent qui combine d’anciens poisons et de nouvelles menaces mortelles ».

Les données de suivi pour 2024 sont sans appel : les jeunes Calabrais commencent à consommer de plus en plus tôt. « Nous sommes confrontés à une épidémie invisible, explique Scarpino. Cela commence par des cannabinoïdes à haute concentration bien avant l’obtention du diplôme. Mais ce qui est choquant, c’est la diffusion généralisée de la cocaïne, désormais perçue comme une substance « performante » accessible à tous, qui a un impact dévastateur sur la santé mentale des jeunes et des adultes. Ce n’est plus le médicament d’élite : c’est un poison de masse qui alimente l’économie illégale de notre région. »

Parallèlement, on observe un retour en force de l’héroïne et une explosion de la consommation de crack, des substances bon marché qui ravagent les centres urbains. Crea Calabria met également en garde contre une menace globale qui commence à se manifester sur le territoire calabrais : l’arrivée des opioïdes de synthèse.

« Nous devons rester extrêmement vigilants face au fentanyl, insiste la présidente de Crea Calabria. Une dose infinitésimale suffit à tuer. Le risque qu’il soit mélangé à d’autres substances, à l’insu du consommateur, est très élevé. Nous ne pouvons pas attendre qu’un massacre survienne : nous avons besoin d’un réseau d’alerte précoce et de laboratoires d’analyse capables d’intercepter ces substances avant qu’elles n’atteignent la rue. »

Au-delà des substances chimiques, Crea Calabria alerte sur le danger des « drogues numériques ». Smartphones, jeux compulsifs et réseaux sociaux modifient les circuits cérébraux de gratification chez les très jeunes. « Le numérique est le nouveau trafic de drogue, affirme Scarpino. Les addictions technologiques conduisent à l’isolement social, jusqu’au phénomène de hikikomori, et servent souvent de passerelle vers la consommation de drogues dures, utilisées comme tentative d’automédication pour l’anxiété induite par les écrans. »

La situation est aggravée par les difficultés rencontrées par le système de santé calabrais. Les serds (services pour les dépendances) publics manquent de personnel et les communautés thérapeutiques, dernier rempart de la région, ont besoin d’un soutien structurel. Crea Calabria déplore également une inquiétante banalisation sociale du problème des addictions.

« On parle de moins en moins d’addictions précisément au moment où le phénomène devient plus agressif, déplore Scarpino. Les drogues ont été normalisées dans le langage des jeunes et les institutions semblent avoir réduit le problème à une question d’ordre public, oubliant qu’il s’agit d’une véritable urgence sanitaire et éducative. La Calabre ne peut pas se limiter à la gestion des urgences dans les salles d’urgence. »

Crea Calabria demande aux institutions d’activer des projets de prévention primaire dans les collèges, de renforcer le réseau des services privés agréés en addictions et de soutenir les structures qui fonctionnent dans des conditions de sous-financement chronique. L’organisation plaide également pour la mise en place d’un plan extraordinaire sur le fentanyl, avec l’activation de protocoles de sécurité et de formations pour les opérateurs publics, privés accrédités et les forces de l’ordre.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre une génération dans l’indifférence. Chaque jour de silence est un morceau d’avenir que la Calabre donne au crime », conclut Vittoria Scarpino.

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