Une pirogue partie de Gambie avec 127 ou 128 personnes à son bord a été secourue à la dérive au sud des îles Canaries, le jeudi 3 septembre 2026. Bilan tragique : plus de 80 personnes ont péri au cours de la traversée de 27 jours, ne laissant que 45 survivants.
Une nouvelle tragédie migratoire endeuille l’océan Atlantique. Repérée par un avion de surveillance à 120 kilomètres de Grande Canarie, une embarcation de type cayuco a été prise en charge par les autorités maritimes espagnoles dans la nuit du mercredi au jeudi lors d’une opération de sauvetage menée par le Salvamento Marítimo. Les chiffres officiels et associatifs font état de plus de 80 décès, incluant un bébé et plusieurs femmes, au terme d’un périple maritime de 27 jours depuis les côtes gambiennes.
Un sauvetage de nuit au sud de l’archipel espagnol
Au moment où les secours ont atteint la coque à la dérive, la situation humaine était dramatique. L’embarcation avait quitté la Gambie avec 127 ou 128 occupants selon les sources concordantes de l’agence EFE et de l’ONG Caminando Fronteras. Sur place, les équipes de sauvetage n’ont pu dénombrer que 44 ou 45 survivants ainsi que cinq corps sans vie. En raison de l’agitation de la mer, les dépouilles découvertes à bord n’ont pas pu être évacuées immédiatement et ont dû être laissées sur l’embarcation.
Les survivants, exténués, présentaient des profils cliniques alarmants. D’après les premiers éléments communiqués par les services d’urgence, il s’agit quasi exclusivement d’hommes originaires de Gambie et du Mali. Beaucoup souffraient de déshydratation sévère, de désorientation profonde et de symptômes provoqués par l’ingestion d’eau de mer. Face à l’urgence sanitaire, un hélicoptère a été déployé pour évacuer en urgence les cas les plus critiques vers les hôpitaux de Las Palmas de Gran Canaria.
Témoignages et effondrement à l’arrivée sur le quai d’Arguineguín
La violence psychologique et physique de la traversée a laissé des traces indélébiles sur les passagers. Un sauveteur maritime a décrit des scènes bouleversantes au média espagnol EFE, qualifiant les rescapés de cadavres vivants, comme des zombies
qui s’effondraient, incapables de se tenir debout, en proie à des hallucinations telles que certains ont tenté de frapper les secouristes.

D’autres agents ont rapporté qu’à l’arrivée sur le quai d’Arguineguín, lors de la prise en charge par la Croix-Rouge et les forces de l’ordre pour l’enregistrement de leur identité, les survivants se sont littéralement effondrés sur les tables. Leurs récits recueillis par les humanitaires confirment un départ massif avec plus d’une centaine de personnes
, dont la grande majorité a succombé au fil des semaines.
L’identification de l’embarcation partie le 7 août
Grâce aux signalements et aux vérifications menées par la Garde civile auprès de l’ONG Caminando Fronteras, il a été établi que la pirogue portait sur sa coque des inscriptions caractéristiques. Celles-ci correspondent précisément à une embarcation partie le 7 août de Gambie avec 127 personnes à son bord, parmi lesquelles figuraient quatre femmes et un bébé. Cette coïncidence chronologique valide la durée de 27 jours passés à dériver sur l’océan Atlantique.

Cet accident dramatique illustre la dangerosité accrue de la route migratoire de l’Atlantique ouest-africain. S’étendant sur environ 1 500 kilomètres entre les côtes gambiennes et l’archipel espagnol, cet itinéraire est emprunté par des embarcations surchargées cherchant à contourner le renforcement des contrôles policiers dans les pays du nord de l’Afrique comme le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal. Conjuguée à l’éloignement, la violence des vents et des courants transforme ces traversées en voyages hautement périlleux marqués par des avaries mécaniques, la faim et la soif.