L’avenir des aides financières à l’assurance santé, telles qu’elles existent dans le cadre de l’Affordable Care Act (ACA), reste incertain malgré un vote serré à la Chambre des représentants et des efforts bipartisans au Sénat pour les prolonger. Cette situation intervient alors que l’administration actuelle semble privilégier des politiques favorisant les intérêts des entreprises et des plus fortunés, au détriment des programmes sociaux destinés aux populations les plus vulnérables.
La semaine dernière, la Chambre des représentants a adopté de justesse une proposition de renouvellement de ces subventions, grâce à une manœuvre procédurale et au soutien inattendu de 17 élus républicains dissidents. Parallèlement, au Sénat, le sénateur Bernie Moreno (R-OH) et d’autres parlementaires travaillent à la présentation d’un projet de loi similaire. Cependant, l’adoption de ces mesures reste incertaine, et même en cas de succès, un veto présidentiel pourrait les bloquer.
Ce qui interpelle, c’est l’apparente indifférence face aux conséquences pour plus de 20 millions d’Américains bénéficiant de ces aides. Cette attitude s’inscrit dans une logique plus large, selon laquelle l’administration et le Congrès républicain semblent remettre en question l’utilité de nombreux programmes d’assistance sociale, tels que le SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program), Medicaid, ou encore les repas scolaires. L’approche privilégiée semble être celle de la responsabilité individuelle, avec l’idée que chacun doit trouver un emploi et subvenir à ses propres besoins.
Mais cette opposition aux subventions ne relève pas d’une rigueur budgétaire ou de principes financiers, mais plutôt d’une aversion pour les aides destinées aux personnes à faible revenu. C’est cette constatation qui a particulièrement motivé l’auteur de cet article, suite à une enquête menée par ProPublica et High Country News sur les pratiques de pâturage sur les terres publiques.
Aux États-Unis, près de la moitié des terres de l’Ouest sont détenues par le gouvernement fédéral – jusqu’à 85 % au Nevada, et environ 50 % en Californie. Loin d’être intégralement consacrées à des parcs nationaux, ces terres sont majoritairement gérées par le Bureau of Land Management (BLM), le US Fish & Wildlife Service (FWS) et le US Forest Service (USFS). Selon l’enquête de ProPublica, le gouvernement fédéral autorise le pâturage du bétail sur une superficie plus de deux fois celle de la Californie, faisant de l’élevage l’utilisation principale de ces terres.
Le problème réside dans les conditions financières de ces autorisations. L’analyse de ProPublica révèle que les frais de pâturage facturés aux éleveurs représentent une réduction de 93 % par rapport aux tarifs du marché. Autrement dit, il s’agit d’un véritable cadeau de l’État.
Si l’on pouvait penser que cette situation profite à de petits éleveurs en difficulté, l’enquête révèle une réalité différente. Une minorité de particuliers et d’entreprises fortunées contrôle la majorité du bétail sur les terres publiques. Sur les terres gérées par le BLM, 10 % des éleveurs détiennent près des deux tiers des droits de pâturage. Sur les terres du Service forestier, les 10 % les plus riches contrôlent plus de 50 % des pâturages. Parmi ces grands exploitants figurent des milliardaires tels que Stan Kroenke et Rupert Murdoch, ainsi que des sociétés minières et des services publics.
L’administration Trump avait même envisagé d’augmenter les subventions et de réduire la surveillance, transformant ainsi le BLM en un facilitateur de l’exploitation des terres publiques. Des employés actuels et anciens du BLM ont témoigné de pressions politiques exercées chaque fois qu’ils tentaient de mettre en œuvre des mesures jugées « anti-pâturage ».
Cette situation n’est pas isolée. Les aides à l’agriculture sont également concentrées entre les mains des plus grands exploitants. Selon un groupe de travail environnemental, la majorité des programmes fédéraux de subventions agricoles bénéficient aux exploitations les plus importantes et les plus stables financièrement, laissant de côté les petits agriculteurs et les producteurs de fruits et légumes.
L’administration Trump se targuait de « mettre les terres publiques américaines au service du peuple américain », ce qui, dans les faits, signifiait faciliter l’accès aux ressources naturelles pour les entreprises, sans se soucier des conséquences environnementales. De même, les subventions accordées à l’industrie américaine des combustibles fossiles s’élevaient à 31 milliards de dollars par an en 2025 (contre 17 milliards de dollars en 2017), et ont encore augmenté avec l’adoption de nouvelles lois.
Les failles du système fiscal permettent également aux entreprises et aux individus fortunés d’échapper à l’impôt fédéral, une situation qui ne profite évidemment pas aux plus démunis.
Si les crédits d’impôt ACA élargis ont pu être excessivement généreux et comporter des risques de fraude, les supprimer purement et simplement serait une mesure trop radicale. Le coût annuel de ces subventions, estimé à 30 milliards de dollars, n’est pas négligeable, mais il est préférable de l’affecter à la garantie d’une couverture santé pour des millions de personnes plutôt qu’à des cadeaux fiscaux pour les riches éleveurs, agriculteurs ou compagnies pétrolières.