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Ce que je lis : Semaine blanche, Wojciech Chmielewski | Histoires | Revue Notre-Dame

by Antoine Girard

Publié le 17 décembre 2025 10h02:00. L’œuvre de Wojciech Chmielewski, Semaine blanche et autres histoires, explore avec une subtilité troublante la manière dont le poids de l’histoire, et plus particulièrement les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale, continue de façonner la vie quotidienne en Pologne et, par extension, l’expérience humaine universelle.

  • Le recueil de nouvelles de Chmielewski, traduit en anglais par Katarzyna Byłów et révisé par Mary Finnegan, dépeint des personnages confrontés à la mémoire, souvent de manière involontaire et douloureuse.
  • L’auteure Carla Galdo établit un parallèle entre l’impact émotionnel du film La Liste de Schindler et la manière dont les histoires de Chmielewski invitent le lecteur à une confrontation avec des réalités difficiles.
  • L’omniprésence de la mémoire en Pologne, marquée par un passé douloureux, est un thème central de l’œuvre de Chmielewski.

La première fois que Carla Galdo a pleuré au cinéma, elle avait douze ans. C’était devant La Liste de Schindler de Steven Spielberg, frappée par la couleur rouge d’une veste sur un chariot transportant des corps. Ce moment, relate-t-elle, a été un choix : fuir l’horreur ou s’y confronter. Elle a choisi de rester et de pleurer, réalisant que l’art pouvait rendre la réalité, même la plus sombre, plus présente.

Cette expérience a résonné en elle lors de la lecture de Semaine blanche et autres histoires de Wojciech Chmielewski. Les récits de Chmielewski, ancrés dans le quotidien polonais contemporain, mettent en scène des personnages ordinaires – des banlieusards, des divorcées, des employés de commerce – mais sont constamment hantés par le spectre du passé. L’auteur parvient à rendre palpable la densité de la mémoire dans un pays où les vestiges de l’Holocauste et de la Seconde Guerre mondiale sont encore visibles, parfois littéralement, sur les rives des fleuves.

L’une des nouvelles les plus marquantes, « Nourriture pour chiens », suit un journaliste dont le mariage se désagrège alors qu’il tente de rédiger un article sur les souvenirs d’un survivant de l’Holocauste, tout en préparant son enfant à un cours d’histoire de la Seconde Guerre mondiale qu’il juge superficiel. Dans « La rivière », un enfant qui aime nager interroge sa grand-mère sur les pieds déformés d’une voisine, découvrant ainsi un passé douloureux lié à une fuite désespérée d’un camp de travail nazi.

Face à ces épreuves – l’infidélité, les blessures physiques, les vestiges du passé – le désespoir ou l’oubli semblent parfois des réactions naturelles. Pourtant, Chmielewski montre que de nombreux personnages refusent de succomber à l’engourdissement, choisissant de rester ancrés dans la mémoire, même si elle est douloureuse. L’auteure compare cette exploration de la mémoire à celle des Confessions de Saint Augustin, où les souvenirs indésirables sont perçus comme une invitation à la transcendance.

Dans « Une prière », l’action se déroule sur la place du marché de Varsovie, où un homme en uniforme de cheminot est agenouillé dans une église, la joue appuyée contre une grille ornée. Cette scène, baignée par la lumière éternelle d’une chapelle, soulève une question fondamentale : cette lumière peut-elle éclairer les vies ordinaires et confuses des personnages de Chmielewski, et celles de ses lecteurs ?


Carla Galdo est poète et essayiste. Ses travaux ont été publiés dans Human et Spotted Things. Ancienne étudiante de Notre-Dame, elle vit avec sa famille en Virginie.

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