Home SantéCe que la nouvelle loi kenyane sur les traitements de fertilité interdit et autorise

Ce que la nouvelle loi kenyane sur les traitements de fertilité interdit et autorise

by Sophie Martin

Publié le 21 novembre 2025 16:02:00. Le Kenya vient d’adopter une loi encadrant la procréation médicalement assistée (PMA), une première qui suscite à la fois espoir et interrogations quant à l’équilibre entre protection des droits et accès aux soins.

  • La nouvelle loi réglemente la fécondation in vitro (FIV), le don de gamètes et la gestation pour autrui (GPA).
  • La commercialisation de la GPA et la vente de gamètes sont strictement interdites, privilégiant une approche altruiste.
  • Un organisme de réglementation est créé pour superviser les cliniques et garantir le respect des normes éthiques et médicales.

Après des années de vide juridique, le Kenya a franchi une étape cruciale en adoptant une loi sur la technologie de procréation assistée (ART). Ce texte, qui vise à encadrer des pratiques telles que la FIV, le don de gamètes (spermatozoïdes et ovules) et la GPA, répond à une préoccupation croissante face à la prolifération de pratiques non réglementées et aux litiges juridiques qu’elles engendrent. Selon le mémorandum accompagnant le projet de loi, le manque de cadre légal a favorisé des contestations concernant la filiation et les contrats de GPA.

La loi prévoit la création d’un organisme de réglementation rattaché au Conseil des médecins et dentistes du Kenya (KMPDC). Cet organisme aura pour mission d’autoriser les cliniques de PMA, d’inspecter les laboratoires et de tenir des registres nationaux confidentiels des donneurs, des embryons et des enfants nés grâce à ces technologies. L’objectif affiché est d’améliorer l’accès aux soins tout en renforçant la protection des personnes impliquées.

Nelly Munyasia, directrice exécutive du Reproductive Health Network Kenya, salue cette avancée :

« Ce projet de loi contribue à protéger les droits des individus et des familles qui recherchent ces services, réduit l’exploitation et l’ambiguïté et favorise l’accès à des options de santé reproductive réglementées et de haute qualité. »

Un des points centraux de la loi concerne la GPA. Le Kenya interdit formellement le recours à des mères porteuses étrangères et la commercialisation de la gestation pour autrui. Seule la GPA altruiste, pratiquée par des citoyens kenyans, est autorisée. Le député Peter Kaluma a affirmé :

« Nous avons supprimé cette possibilité. Le projet de loi autorise la maternité de substitution altruiste uniquement pour les citoyens kenyans. Aucune place n’a été accordée aux étrangers, aucune place pour le tourisme de fertilité au Kenya. »

La loi interdit également la vente de gamètes, de zygotes (la première cellule résultant de la fécondation) ou d’embryons. L’article 32 stipule clairement :

“Nul ne peut vendre, transférer ou utiliser des gamètes, des zygotes et des embryons à des fins commerciales.”

Ces interdictions sont motivées par des préoccupations éthiques liées à l’exploitation des personnes vulnérables, aux litiges potentiels concernant la propriété des embryons et à la crainte d’un marché noir du matériel reproductif.

Si la plupart des pays ayant une législation sur la PMA interdisent la vente de gamètes, beaucoup autorisent une indemnisation des donneurs pour couvrir leurs frais. La loi kenyane se montre plus restrictive, à l’image de la France et de l’Allemagne où le don d’ovules est soit interdit, soit soumis à des réglementations très strictes.

Le non-respect de la loi, notamment en cas de GPA rémunérée ou de vente de gamètes, est passible d’amendes pouvant atteindre 10 millions de shillings (environ 65 000 euros) ou de 10 ans de prison.

La loi kenyane impose des conditions d’âge et de statut marital pour accéder à la PMA. Seuls les Kenyans âgés de 25 à 55 ans peuvent recourir à la GPA, et les mères porteuses doivent avoir entre 25 et 45 ans, avoir déjà eu un enfant et subir des examens médicaux et psychologiques approfondis.

La loi accorde une attention particulière à la protection des droits des enfants nés grâce à la PMA. L’article 26 garantit qu’ils bénéficieront des mêmes droits légaux que les enfants nés de relations sexuelles traditionnelles. Les parents commanditaires seront inscrits sur l’acte de naissance, et l’enfant sera reconnu comme citoyen kenyan s’ils le sont.

Cependant, la loi kenyane se distingue par son approche restrictive concernant l’identité des donneurs. Le don de gamètes est anonyme, et une personne conçue grâce à un donneur ne pourra pas, par la suite, connaître son identité. Cette position diffère de celle du Royaume-Uni, où les personnes conçues par don après 2005 peuvent demander à connaître l’identité de leur donneur à l’âge de 18 ans.

Le Kenya prévoit également la création d’un registre national des donneurs, des embryons et des enfants nés grâce à la PMA. Toutefois, l’accès à ce registre sera limité. Seule une personne née par PMA, à l’âge de 21 ans, pourra demander des informations non identifiantes sur ses origines, après avoir bénéficié d’un conseil approprié.

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