Publié le 16 novembre 2025 à 20h24. De nouvelles pistes thérapeutiques et des découvertes inattendues relancent l’espoir dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer, une pathologie qui touche des millions de personnes à travers le monde.
- Des données à long terme suggèrent que les anticorps monoclonaux, bien que coûteux et présentant des effets secondaires, pourraient ralentir la progression de la maladie à un stade précoce.
- La technologie Brainshuttle de Roche pourrait permettre de franchir plus efficacement la barrière hémato-encéphalique pour délivrer des traitements.
- L’exercice physique, même modéré, semble avoir un effet protecteur et ralentir le déclin cognitif.
La maladie d’Alzheimer, caractérisée par la mort progressive des cellules nerveuses, reste un défi majeur pour la médecine. Si les traitements actuels sont limités, de récentes avancées scientifiques ouvrent des perspectives encourageantes. Des études présentées lors de conférences internationales révèlent des résultats prometteurs, mais nécessitent une évaluation approfondie.
Les anticorps monoclonaux, tels que le lécanemab et le donanemab, qui ciblent les dépôts de protéine amyloïde bêta, sont au cœur des débats. Critiqués pour leur coût élevé et leurs effets secondaires potentiels (œdèmes, hémorragies cérébrales), ils pourraient néanmoins offrir un bénéfice significatif. Selon des données récentes portant sur 1 800 participants, la progression de la maladie serait deux fois moins rapide chez les patients traités. Chez la moitié des personnes atteintes de la maladie à un stade précoce, la mémoire serait stabilisée, voire améliorée.
« Ce sont des résultats impressionnants que l’on aurait longtemps cru impossibles avec la maladie d’Alzheimer. »
Ansgar Felbecker, neurologue et président des Cliniques suisses de la mémoire
Toutefois, le Dr Felbecker appelle à la prudence, soulignant que ces données doivent être analysées par des experts indépendants avant de pouvoir être pleinement validées. La thérapie n’est pas encore autorisée en Suisse.
Parallèlement, la société pharmaceutique Roche travaille sur une nouvelle approche pour améliorer la délivrance des médicaments au cerveau. La technologie Brainshuttle utilise le récepteur de la transferrine, qui transporte le fer, pour permettre à l’anticorps trontinemab de franchir la barrière hémato-encéphalique. Les premiers résultats de l’étude de phase 2 sont encourageants : après 28 semaines, 91 % des patients traités ne présentaient plus de plaques amyloïdes, un résultat jamais atteint avec les traitements précédents. De plus, le trontinemab semble mieux toléré, avec peu d’effets secondaires graves. Une étude de phase 3 est en cours, avec la participation de cliniques suisses, dont l’Inselspital de Berne.
« Le trontinemab pourrait vraiment changer la donne dans le traitement de la maladie d’Alzheimer, mais nous devons attendre les résultats de la prochaine étude. »
Ansgar Felbecker, neurologue
Au-delà de la protéine amyloïde, les recherches se concentrent également sur la protéine tau, qui s’accumule à l’intérieur des cellules nerveuses. Des principes actifs ciblant l’ARN messager de la protéine tau sont en cours de développement, avec une phase 3 d’étude clinique lancée par la société américaine Biogen. Une autre approche, proposée par la société de biotechnologie AC Immune basée à Lausanne, consiste à stimuler le système immunitaire pour produire des anticorps contre les protéines tau pathologiques. Les premiers résultats sont prometteurs, avec une diminution du taux de tau pathologique dans le sang, mais l’étude reste limitée à 50 participants.
Enfin, l’importance de l’activité physique dans la prévention et le ralentissement de la maladie d’Alzheimer est de plus en plus reconnue. Une étude publiée dans la revue Nature Medicine a montré que les personnes âgées pratiquant une activité physique régulière présentaient un déclin cognitif moins rapide, même en présence de taux élevés d’amyloïde dans le cerveau. Un minimum de 3 000 pas par jour semble suffisant pour observer cet effet bénéfique, avec un effet amplifié pour 5 000 à 7 500 pas.
Steffi Riedel-Heller, de l’hôpital universitaire de Leipzig, souligne l’importance de ces résultats :
« Même si de nouvelles thérapies par anticorps peuvent pour la première fois influencer l’évolution de la maladie, elles montrent également que l’exercice reste un outil tout aussi efficace, sûr et largement utilisable. »
Steffi Riedel-Heller, hôpital universitaire de Leipzig
Une découverte récente, bien que nécessitant des investigations supplémentaires, intrigue les chercheurs. Une étude portant sur 462 personnes, y compris des nouveau-nés et des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, a révélé des taux élevés du biomarqueur pTau217 dans le sang des nourrissons, voire supérieurs à ceux observés chez les patients. Ce phénomène pourrait être lié à un mécanisme de protection inconnu, ouvrant de nouvelles voies de recherche.
Amedeo Caflisch, professeur de biologie structurale à l’Université de Zurich, met toutefois en garde contre toute interprétation hâtive :
« Nous ne savons pas si et sous quelle forme la protéine Tau est réellement toxique ou si la protéine n’est qu’un effet secondaire inoffensif de la maladie d’Alzheimer. »
Amedeo Caflisch, professeur de biologie structurale à l’Université de Zurich
Tant que ces questions resteront sans réponse, toute application thérapeutique restera spéculative. (aargauerzeitung.ch)
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