Publié le 12 novembre 2025 18:56:00. À 145 années-lumière de la Terre, des astronomes ont observé une naine blanche en train de dévorer les restes de son système planétaire, une découverte qui pourrait éclairer le destin de notre propre système solaire dans des milliards d’années.
- Une naine blanche, LSPM J0207+331, absorbe encore des débris planétaires des milliers d’années après sa mort.
- L’analyse de l’atmosphère de l’étoile révèle la présence d’éléments chimiques provenant de planètes rocheuses, dont une similaire à la Terre.
- Cette observation remet en question les modèles actuels d’évolution stellaire et offre un aperçu du futur possible de notre système solaire.
Dans les profondeurs de l’espace, une étoile morte continue de se nourrir des vestiges de son passé. Des chercheurs de l’Université de Montréal ont récemment observé un phénomène fascinant et inquiétant : une naine blanche, située dans la constellation du Triangle, engloutit les fragments de planètes qui l’entouraient autrefois. Cette découverte, réalisée grâce aux télescopes de l’observatoire WM Keck à Hawaï, offre un aperçu rare et potentiellement prémonitoire de notre propre avenir cosmique.
L’objet d’étude, baptisé LSPM J0207+331, avait déjà été détecté en 2019. Les observations récentes ont révélé l’existence d’un disque de débris en orbite autour de l’étoile, une preuve tangible de son activité de « cannibalisme » stellaire. Selon l’astrophysicienne Érika Le Bourdais, auteure principale de l’étude publiée dans The Astrophysical Journal,
« Cette découverte remet en question notre compréhension de l’évolution des systèmes planétaires. »
Érika Le Bourdais, astrophysicienne
Ce processus, appelé accrétion, montre que des astéroïdes, des comètes et même des planètes entières peuvent survivre longtemps après la disparition de leur étoile hôte, pour finalement être aspirés par sa gravité.
L’analyse de l’atmosphère de la naine blanche a révélé la présence de « contaminants » chimiques, des restes de corps planétaires qui, en tombant sur l’étoile, laissent une signature unique. Ces signatures permettent aux scientifiques de déterminer la composition des mondes détruits. Le professeur Patrick Dufour, co-auteur de l’étude, explique que ces étoiles
« offrent l’un des rares moyens de mesurer directement la composition des exoplanètes. »
Patrick Dufour, professeur
Les télescopes ont détecté une variété surprenante d’éléments, notamment du sodium, du silicium, du calcium, du fer, du magnésium, du cobalt et du nickel.
Les données suggèrent que la planète dévorée était rocheuse et possédait un noyau métallique comparable à celui de la Terre. La concentration d’éléments détectés est particulièrement élevée, la plus importante jamais enregistrée dans une naine blanche riche en hydrogène, ce qui indique une quantité massive de matière planétaire engloutie. Érika Le Bourdais précise :
« Nous nous attendions à trouver seulement quelques objets, mais nous en avons trouvé des dizaines. »
Érika Le Bourdais, astrophysicienne
Cet excès chimique confirme qu’un monde entier a été réduit en poussière et en cendres stellaires.
L’âge de cette étoile, estimé à plus de 3 milliards d’années, a également surpris les scientifiques. Les modèles actuels prédisaient que les systèmes planétaires se désintégreraient bien plus tôt. LSPM J0207+331 est donc une véritable relique, un témoignage de processus stellaires encore mal compris. L’astronome John Debes, du Space Telescope Science Institute, suppose que
« quelque chose a modifié ce système longtemps après la mort de l’étoile. »
John Debes, astronome
Parmi les hypothèses envisagées figurent des interactions entre planètes géantes ou le passage d’une étoile voisine, qui aurait déstabilisé les orbites et provoqué le chaos.
Les chercheurs espèrent utiliser le télescope spatial James Webb pour percer le mystère et mieux comprendre ce processus de cannibalisme stellaire. National Geographic a également couvert cette découverte.
Cette observation pourrait également servir d’avertissement cosmique concernant le sort de notre propre système solaire. Dans environ 5 milliards d’années, lorsque le Soleil épuisera son carburant, il se dilatera et engloutira Mercure, Vénus et peut-être même la Terre, avant de s’effondrer en une naine blanche. Les mêmes forces gravitationnelles qui détruisent actuellement le système lointain de LSPM J0207+331 pourraient alors entraîner les planètes survivantes vers l’étoile mourante. La Terre, réduite en poussière et en fragments métalliques, pourrait finir par orbiter autour des restes de ce qui fut autrefois notre Soleil. Selon Érika Le Bourdais,
« regarder une naine blanche dévorer une planète, c’est en quelque sorte regarder notre propre avenir se refléter dans l’univers. »
Érika Le Bourdais, astrophysicienne