Publié le 17 octobre 2024 à 11h15. Des chercheurs de l’université Yale développent un test innovant capable d’évaluer l’état de santé du système immunitaire, ouvrant la voie à une meilleure compréhension des maladies et des réponses aux traitements.
- Un nouveau test basé sur l’analyse sanguine pourrait permettre de mesurer l’état de santé immunitaire d’un individu.
- L’étude, menée par l’équipe de John Tsang, identifie des écarts par rapport à la norme chez des personnes apparemment en bonne santé.
- Les résultats de ce test sont corrélés à d’autres indicateurs de santé, tels que la réaction aux maladies, aux traitements et aux vaccins.
Pour la plupart d’entre nous, le fonctionnement précis de notre système immunitaire reste un mystère. Au-delà des notions générales sur l’interaction complexe des cellules et des protéines qui nous protègent, beaucoup se demandent simplement si le vaccin antigrippal sera efficace cet hiver. Bientôt, il pourrait être possible d’aller au-delà de ces interrogations grâce à un test en cours de développement.
L’équipe du chercheur John Tsang, à l’université Yale, s’est lancée dans la quête d’un moyen objectif de mesurer la santé du système immunitaire. Une tâche complexe, car définir ce qui constitue un système immunitaire « sain » est loin d’être simple. Est-ce simplement l’absence de maladie ? Implique-t-il également une certaine résilience physique, ou même une résistance aux effets du vieillissement ?
Les chercheurs se concentrent particulièrement sur la détection des subtiles variations par rapport à la norme chez des individus qui se croient en bonne santé. Pour ce faire, ils ont analysé des échantillons de sang provenant de 228 personnes atteintes de maladies immunitaires dues à des mutations génétiques, ainsi que de 42 personnes en bonne santé. L’objectif est de considérer la santé comme un spectre, plutôt qu’une simple dichotomie entre « malade » et « sain ».
Un autre défi majeur réside dans la complexité même du système immunitaire, où des centaines de protéines et de cellules interagissent de manière dynamique. L’année dernière, Ang Cui, chercheuse à l’université Harvard, a été reconnue comme une innovatrice prometteuse par le MIT Technology Review pour ses travaux visant à cartographier cette complexité grâce à l’apprentissage automatique. Elle a créé ce qu’elle appelle le « Dictionnaire immunitaire », une sorte de « tableau périodique » des défenses de l’organisme, décrivant l’influence de centaines de protéines sur les cellules immunitaires. Plus d’informations sur le Dictionnaire immunitaire.
Pour mener à bien leur étude, l’équipe de Tsang a réalisé une série de tests sur les échantillons de sang collectés. Ils ont analysé l’expression des gènes dans les cellules sanguines, mesuré les quantités de différentes cellules immunitaires et quantifié plus de 1 300 protéines. Ensuite, ils ont utilisé des algorithmes d’apprentissage automatique pour identifier des corrélations entre ces mesures et l’état de santé immunitaire, créant ainsi un score spécifique pour chaque participant, baptisé « Immune Health Metric » (IHM), ou mesure de la santé immunitaire.
Lorsqu’ils ont appliqué cette approche à des données provenant d’autres études, les chercheurs ont constaté que l’IHM était corrélé à d’autres indicateurs de santé, tels que la réponse aux maladies, aux traitements et aux vaccins. Ces résultats ont été publiés dans la revue Nature Medicine.
Les chercheurs espèrent que ce test pourra un jour aider à identifier les personnes présentant un risque accru de cancer et d’autres maladies, et à mieux comprendre pourquoi certaines personnes réagissent différemment aux traitements ou aux vaccinations. Cependant, l’IHM n’est pas encore prêt pour une utilisation clinique et nécessitera encore de nombreuses recherches avant de pouvoir être déployé à grande échelle.
Cet article a été rédigé par Jessica Hamzelou, journaliste scientifique à l’édition américaine du MIT Technology Review, spécialisée dans la biomédecine et la biotechnologie.