Des milliers de patients australiens patientent parfois plus de cinq ans pour consulter un spécialiste dans le système de santé public, révélant une crise silencieuse qui affecte l’accès aux soins. Une nouvelle analyse met en lumière des listes d’attente excessivement longues, avec des conséquences directes sur la santé et le bien-être des personnes concernées.
Selon cette étude, les délais sont particulièrement préoccupants en Australie-Méridionale, où certains patients ont attendu plus de six ans pour un rendez-vous avec un neurologue. Les spécialistes ORL (oreilles, nez et gorge) et les gastro-entérologues y imposent également des attentes de plus de 5,5 ans. En Tasmanie, les délais pour consulter un ORL, un neurologue ou un urologue atteignent presque cinq ans, et certains enfants attendent plus de cinq ans pour une évaluation allergique.
Ces longues périodes d’attente ont un impact significatif sur la vie des patients. Certains voient leur état de santé se détériorer pendant qu’ils attendent, d’autres souffrent de douleurs chroniques, et tous vivent dans l’incertitude. Des témoignages recueillis par les chercheurs décrivent un sentiment d’anxiété, d’abandon et de solitude, comme si personne ne se souciait de leur situation.
Le ministre de la Santé, Mark Butler, a déclaré que le gouvernement s’efforce de renforcer les effectifs médicaux. Cependant, il reconnaît que la formation de davantage de spécialistes ne suffira pas à elle seule à réduire les temps d’attente. Des solutions à court terme, applicables immédiatement, sont également nécessaires.
L’étude révèle que le problème est en partie dû à une gestion inefficace des listes d’attente. Les patients sont souvent triés en fonction de l’urgence de leur situation, mais cette évaluation initiale n’est pas toujours réévaluée au fil du temps. De plus, la gestion de ces longues listes mobilise des ressources précieuses qui pourraient être consacrées aux soins directs des patients, tout en étant source de frustration pour les professionnels de santé.
Les chercheurs proposent une approche en deux volets. Tout d’abord, il est crucial de « nettoyer » les listes d’attente existantes en identifiant les patients qui ne nécessitent plus de soins, ceux qui ont déjà été pris en charge, ou ceux qui n’ont pas honoré leurs rendez-vous. Une analyse d’une liste de 600 patients en neurologie a révélé que seulement 11 % d’entre eux avaient encore besoin d’un rendez-vous.
Ensuite, il est essentiel d’analyser l’offre et la demande pour garantir une capacité suffisante dans les cliniques. Cela implique de réserver des créneaux horaires pour les nouveaux patients et de mettre en place un système de triage continu pour évaluer les besoins des patients et prioriser les soins en conséquence.
Une utilisation plus efficace des compétences de chaque professionnel de santé est également préconisée. Déléguer les cas moins complexes aux professionnels paramédicaux ou aux infirmières permettrait de libérer du temps aux spécialistes pour les évaluations et les traitements les plus complexes. Par exemple, des physiothérapeutes peuvent évaluer efficacement les patients en attente d’une arthroplastie de la hanche ou du genou, et orienter ceux qui pourraient bénéficier d’un traitement basé sur l’exercice.
Un projet pilote mené dans huit services paramédicaux et communautaires de Victoria a démontré l’efficacité de cette approche. En réorganisant les ressources existantes, sans financement supplémentaire, les temps d’attente ont été réduits de 34 %, passant de 42 à 24 jours en moyenne. Ce modèle est désormais largement utilisé dans les services de santé communautaire de Victoria.
Les chercheurs testent actuellement cette approche dans un groupe de cliniques médicales spécialisées ambulatoires comptant 13 000 patients sur liste d’attente, afin de déterminer si elle peut être appliquée à grande échelle dans les hôpitaux publics. Les premiers résultats sont encourageants et suggèrent qu’une meilleure compréhension de l’offre et de la demande, une gestion plus efficace des listes d’attente et une utilisation optimisée des compétences de chaque professionnel de santé peuvent contribuer à réduire significativement les délais d’attente.
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