Publié le 24 octobre 2024 14:30:00. Deux mastologues bahianaises, toutes deux touchées par un cancer du sein, témoignent de la manière dont leur expérience personnelle a transformé leur approche de la prise en charge des patientes, insistant sur l’importance de la prévention et de l’espoir.
- Le cancer du sein touche de plus en plus de femmes jeunes, avec une augmentation de 80 % des cas entre 40 et 49 ans.
- L’expérience du cancer du sein permet aux médecins de développer une empathie accrue et une meilleure compréhension des besoins de leurs patientes.
- Les avancées technologiques, notamment en matière de chirurgie et de traitements ciblés, offrent de nouvelles perspectives d’espoir et de guérison.
Marcela Embiruçu, 39 ans, et Flávia Rêgo, 47 ans, partagent un parcours singulier : toutes deux sont mastologues dans l’État de Bahia et ont été confrontées au cancer du sein. Leur expérience, loin de les décourager, a renforcé leur engagement envers leurs patientes et leur a permis d’apporter une dimension humaine et empathique à leur pratique médicale.
Marcela, alors âgée de 30 ans et en formation à l’Institut National du Cancer (INCA) à Rio de Janeiro, a reçu son diagnostic. Elle est retournée à Salvador, a suivi un traitement, puis a repris ses études. Aujourd’hui, elle exerce à l’hôpital Santa Izabel, à la clinique CAM et à Lar Harmonia, tout en étant médecin urgentiste au SAMU. Elle confie :
« Les gens me demandaient si j’avais vraiment envie de travailler dans ce domaine, mais je pense que ce serait égoïste de ne pas le faire, car je sais que je peux aider beaucoup de femmes. »
Marcela Embiruçu, mastologue
Flávia Rêgo, quant à elle, avait déjà plus de vingt ans d’expérience en mastologie lorsqu’elle a été diagnostiquée à l’âge de 47 ans. La découverte précoce de la tumeur, lors d’examens de routine, lui a permis d’aborder la maladie avec plus de sérénité. Elle témoigne :
« J’étais de l’autre côté, j’ai compris l’impact du diagnostic, la souffrance, les procédures. Cela fait de moi un médecin plus empathique, et je peux comprendre chaque étape du traitement de mon patient, en me mettant davantage à sa place. Cela m’a beaucoup fait grandir. »
Flávia Rêgo, mastologue
Ni Marcela, ni Flávia n’avaient d’antécédents familiaux de cancer du sein, ce qui souligne que la majorité des cas (entre 98,5 et 99 %) ne sont pas liés à une mutation génétique familiale. Cette observation renforce la nécessité d’une prévention accrue pour toutes les femmes de plus de 40 ans. Flávia Rêgo attire l’attention sur une tendance inquiétante : l’augmentation des cas de cancer du sein chez les femmes plus jeunes, avec une hausse de 80 % dans la tranche d’âge 40-49 ans, selon certaines études.
Les deux médecins soulignent également l’évolution des types de tumeurs observées chez les jeunes femmes. On constate une augmentation des tumeurs luminales, sensibles aux œstrogènes et à la progestérone, probablement en raison d’une plus grande exposition hormonale. Ce schéma diffère du type triple négatif, plus agressif, ou lié à une mutation génétique.
Les facteurs de risque incluent l’absence ou la tardiveté de la maternité, l’allaitement de courte durée, la consommation d’hormones, mais la science ne parvient pas toujours à expliquer pourquoi certaines femmes, comme le Dr Marcela, développent un cancer du sein à un âge si précoce. Marcela a elle-même détecté une petite masse dans son sein gauche, confirmée par échographie et biopsie. Les tests génétiques se sont révélés négatifs.
Marcela évoque également d’autres facteurs, tels que la consommation d’alcool, l’obésité, la sédentarité et le stress, mais insiste sur la complexité de leur interaction, souvent difficile à éviter. Elle souligne :
« Ce n’est pas si simple de dire aux femmes d’avoir des enfants ou de le faire plus tôt. »
Marcela Embiruçu, mastologue
Elle a elle-même subi une chimiothérapie, une intervention chirurgicale et une radiothérapie, comme Flávia.
Des avancées technologiques récentes offrent des traitements plus efficaces. Flávia salue notamment les techniques chirurgicales d’oncoplastie, qui permettent de préserver le sein tout en assurant la guérison. Elle explique :
« On comprend, avec l’évolution de la mastologie, que la radicalité n’est pas nécessaire, qu’on peut guérir de la même manière sans enlever tout le sein. »
Flávia Rêgo, mastologue
Elle mentionne également le développement de médicaments ciblés, plus personnalisés, l’amélioration de la chimiothérapie et de la radiothérapie (plus précises et avec moins d’effets secondaires), la qualité de la mammographie numérique, les échographies permettant de détecter des lésions de plus en plus petites, et l’imagerie par résonance magnétique du sein.
La tumeur détectée chez le Dr Marcela, visible à l’échographie, mesurait environ 8 millimètres (moins d’un haricot). Flávia se montre optimiste :
« Je peux, dans 25 ans, voir le développement des traitements d’une manière très heureuse. »
Flávia Rêgo, mastologue
Sur la base de son expérience et de celle de nombreuses patientes, Flávia encourage les femmes à éviter les comparaisons, à établir une relation de confiance avec leurs médecins et à vivre pleinement chaque jour. Elle conclut :
« Je dis aux patientes de ne pas désespérer, car aujourd’hui le cancer du sein est une maladie extrêmement traitable et curable, dans de nombreux cas. »
Flávia Rêgo, mastologue
Au-delà du traitement médical, Marcela rappelle l’importance de croire en la continuité après le diagnostic et de rechercher le soutien d’autres femmes. Elle ajoute :
« Je dirais aux femmes atteintes d’un cancer d’avoir du courage. C’est une période difficile, mais elle a un début, un milieu et une fin et ça va passer. Et surtout, ça ne définit pas ma vie. »
Marcela Embiruçu, mastologue
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