Publié le 10 novembre 2025 à 01h35. L’effondrement spectaculaire du glacier Hektoria en Antarctique, l’un des plus rapides jamais enregistrés, alerte les scientifiques sur la vulnérabilité de la calotte glaciaire et les potentielles accélérations de l’élévation du niveau de la mer.
- Le glacier Hektoria a reculé d’environ huit kilomètres en seulement deux mois, fin 2022.
- Ce phénomène est dû à la configuration du fond marin plat sous le glacier, qui facilite sa rupture.
- Des recherches suggèrent que d’autres glaciers antarctiques pourraient être menacés par un effondrement rapide.
Des chercheurs de l’Institut coopératif de recherche en sciences de l’environnement (CIRES), basé à l’Université du Colorado à Boulder, ont mis en évidence une accélération sans précédent de la fonte du glacier Hektoria, situé dans l’est de la péninsule Antarctique. L’étude, publiée dans la revue Nature Geoscience, révèle que le glacier a connu un retrait particulièrement rapide entre novembre et décembre 2022, atteignant une vitesse d’environ 0,8 kilomètre par jour.
Naomi Ochwat, chercheuse postdoctorale au CIRES, a exprimé son étonnement face à l’ampleur de la désintégration.
« Lorsque nous avons survolé Hektoria début 2024, je ne pouvais pas croire à quel point une zone s’était effondrée. »
Naomi Ochwat, chercheuse postdoctorale au CIRES
Elle souligne que l’observation aurait pu passer inaperçue avec des données moins fréquentes :
« Si les chercheurs n’avaient eu qu’une seule image tous les trois mois, le retrait du glacier de 2,5 kilomètres en deux jours n’aurait peut-être pas été remarqué. »
Naomi Ochwat, chercheuse postdoctorale au CIRES
L’analyse des données satellitaires a révélé une accélération de l’écoulement des glaces jusqu’à six fois sa vitesse normale lorsque le front du glacier a commencé à s’instabiliser. Les mesures laser indiquent également un amincissement de la calotte glaciaire allant jusqu’à 80 mètres par an. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce retrait n’est pas directement lié à des températures marines anormalement élevées. Les chercheurs expliquent que la perte de glace saisonnière, qui joue un rôle crucial dans la stabilisation du glacier en retenant les vagues et en ancrant les icebergs, est le principal facteur déclencheur.
L’étude précise que le front du glacier était encore solidement fixé au fond marin au moment de sa rupture, ce qui signifie que la glace fondue a directement contribué à l’augmentation du volume d’eau des océans et à l’élévation du niveau de la mer. Ted Scambos, scientifique principal au CIRES et co-auteur de l’étude, met en garde sur le fait que les conditions observées à Hektoria ne sont pas uniques.
« Si les mêmes conditions se produisent dans d’autres régions, cela pourrait accélérer considérablement l’élévation du niveau de la mer. »
Ted Scambos, scientifique principal au CIRES
De nombreux grands glaciers antarctiques reposent également sur des fonds marins plats, ce qui les rend potentiellement vulnérables à un effondrement rapide. Les chercheurs cartographient actuellement d’autres glaciers présentant des caractéristiques similaires à Hektoria, en utilisant des radars, des données sismiques et des images satellite pour identifier les zones les plus à risque. L’objectif est de déterminer où un amincissement de quelques mètres seulement pourrait suffire à provoquer le soulèvement du glacier et son effondrement.
Ces découvertes sont considérées comme un avertissement majeur pour la modélisation du climat mondial. Les modèles actuels ont tendance à considérer le retrait des glaciers comme un processus graduel, alors qu’il peut en réalité se produire de manière soudaine et exponentielle lorsque les forces de flottabilité entrent en jeu. Il est donc crucial de réévaluer les projections d’élévation du niveau de la mer à la lumière de ces nouvelles données. Plus d’informations sur Terre.