Publié le 29 septembre 2023 16:27:00. Une étude espagnole récente démontre que l’activité physique supervisée peut améliorer significativement la qualité de vie des adultes atteints de dystrophies musculaires, remettant en question les idées reçues sur les risques de l’exercice pour ces patients.
- L’exercice physique supervisé s’avère sûr, réalisable et bénéfique pour les adultes souffrant de dystrophies musculaires.
- Une étude clinique randomisée a révélé des améliorations notables de la mobilité, de la résistance musculaire et de la fatigue chez les participants.
- Les professionnels de la réadaptation soulignent l’importance d’une approche individualisée et biopsychosociale pour accompagner au mieux ces patients.
Les dystrophies musculaires, maladies génétiques rares affectant principalement les muscles, sont caractérisées par une perte progressive de force. Si les difficultés de mobilité sont les symptômes les plus visibles, certaines formes peuvent également entraîner des troubles de la vision, de la parole ou de la déglutition, impactant profondément la vie quotidienne. C’est dans ce contexte que la Société espagnole de réhabilitation et de médecine physique (Sermef) a mis en lumière les résultats prometteurs d’une étude menée par ses équipes.
Le service de réadaptation de l’hôpital de la clinique a mené la première étude nationale évaluant l’impact d’un programme d’exercice physique combiné sur les adultes atteints de dystrophies musculaires. L’essai clinique, auquel les mêmes professionnels ont participé, a comparé un groupe suivant un programme supervisé de 12 semaines à un groupe témoin. Ce programme intégrait des exercices d’aérobie, de renforcement musculaire, d’entraînement respiratoire et d’équilibre.
Les résultats ont démontré que les patients ayant participé à l’intervention ont connu une amélioration significative de leur mobilité, particulièrement ceux présentant une faiblesse musculaire plus importante au départ. L’étude a également mis en évidence une augmentation de la résistance des quadriceps et une stabilisation des niveaux de fatigue, contrairement à l’aggravation observée dans le groupe témoin.
Ces conclusions sont d’autant plus importantes qu’elles contredisent une idée reçue persistante : celle que l’exercice physique pourrait être néfaste pour les personnes atteintes de dystrophies musculaires.
« Cette étude montre que, lorsqu’elle se fait avec une supervision spécialisée, l’exercice est non seulement sûr, mais bénéfique »
Auteurs de l’étude
L’étude a été récompensée par le premier prix du meilleur travail au congrès de la Sermef cette année. L’article présentant les résultats complets est actuellement en attente de publication dans la revue «Disability and Rehabilitation».
Le Dr Sara Laxe, membre du conseil d’administration de la Sermef, insiste sur la nécessité d’une approche personnalisée :
« Dans la consultation de réadaptation, on ne peut pas simplement prescrire de l’exercice. Il faut guider et adapter le programme à chaque cas »
Dr Sara Laxe, membre du conseil d’administration du Sermef
Elle souligne également les difficultés rencontrées, notamment dans les phases avancées de la maladie, où les patients peuvent avoir besoin de pauses fréquentes ou ne pas pouvoir accéder aux équipements d’une salle de sport classique.
Pour le Dr Laxe, il est crucial d’adopter un modèle biopsychosocial, en se concentrant sur la personne dans sa globalité et non uniquement sur la maladie.
« Nous ne traitons pas une dystrophie musculaire, nous traitons une personne qui souffre de dystrophie, l’impact de la maladie sur le fonctionnement de la personne dépendra de son âge, de son environnement, de sa situation professionnelle, de ses ambitions, de ses responsabilités familiales, etc. »
Dr Sara Laxe, membre du conseil d’administration du Sermef
Elle plaide ainsi pour des consultations de réadaptation spécialisées, capables de répondre aux doutes et aux difficultés quotidiennes des patients.
Dans ce contexte, les médecins Sara Laxe et Mihaela Taranu, ainsi que la physiothérapeute Raquel Sebio, du service de réadaptation de l’hôpital de la clinique, ont mené une étude financée par la Sermef et le collège de physiothérapeutes de Barcelone. Leur objectif était de mieux comprendre les besoins des patients, en s’appuyant sur le modèle biopsychosocial et la classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Les auteurs ont constaté un manque d’outils de mesure spécifiques permettant d’évaluer l’ensemble des symptômes ressentis par les patients, comme le souligne une étude comparée des « mesures des résultats » publiée dans le «Journal of Rehabilitation Medicine». Ils expliquent que les symptômes initiaux peuvent être subtils et difficiles à interpréter, retardant ainsi le diagnostic.
« Parfois, les symptômes initiaux sont subtils et difficiles à interpréter, ce qui retarde le diagnostic. Ce sont des patients qui peuvent avoir du mal à entrer dans le bus ou une fatigue constante, mais ils ne sont pas toujours reconnus comme des personnes handicapées parce que leur maladie peut initialement être invisible »
Médecins Sara Laxe et Mihaela Taranu