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C’est pourquoi la Suisse recule dans le classement pharmaceutique

by Clara Dubois

Publié le 6 novembre 2025 à 22h11. La Suisse voit son attractivité dans le secteur pharmaceutique menacée par une concurrence accrue et les politiques protectionnistes, notamment aux États-Unis, poussant Roche et Novartis à reconsidérer leurs investissements.

  • La Suisse a perdu une place dans le classement des sites pharmaceutiques les plus compétitifs, se positionnant désormais en troisième position derrière les États-Unis et l’Irlande.
  • Le PDG de Roche, Severin Schwan, alerte sur des « changements tectoniques » dans l’industrie, liés au protectionnisme et aux pressions sur les prix des médicaments.
  • Un nouveau centre de recherche et développement de Roche à Bâle, représentant un investissement de 500 millions de francs suisses (environ 515 millions d’euros), témoigne d’un engagement continu envers le site, mais ne garantit pas l’avenir.

La bataille pour attirer les investissements dans le secteur pharmaceutique s’intensifie à l’échelle mondiale, et la Suisse ressent de plein fouet cette pression. Lors de la pose de la première pierre du « Bau 12 », un nouveau centre de recherche destiné à accueillir 450 scientifiques à Bâle, Severin Schwan a mis en garde contre une évolution profonde du paysage industriel.

Selon le dirigeant, le protectionnisme croissant sur les principaux marchés, notamment aux États-Unis, oblige Roche à revoir ses priorités d’investissement. L’administration américaine menace d’imposer des droits de douane massifs aux entreprises qui ne s’engagent pas à produire davantage localement ou à réduire les prix des médicaments.

Ce contexte de concurrence accrue se traduit dans les chiffres. L’association professionnelle Scienceindustries a publié un classement qui révèle une perte de compétitivité pour la Suisse. Si le pays conserve une honorable troisième place, les États-Unis (en première position) creusent l’écart, suivis de l’Irlande. L’étude prend en compte des critères tels que la création de valeur, la force d’innovation et la qualité de l’environnement économique.

Le top 10 des sites pharmaceutiques les plus compétitifs se présente ainsi :

  1. États-Unis
  2. Irlande
  3. Suisse
  4. Danemark
  5. Pays-Bas
  6. Royaume-Uni
  7. Belgique
  8. Corée du Sud
  9. Suède
  10. Japon

Malgré ces défis, la Suisse conserve des atouts majeurs pour l’industrie chimique et pharmaceutique : stabilité politique, infrastructures de qualité et fiscalité attractive. Le pays occupe d’ailleurs la première place mondiale dans ce domaine. Cependant, il accuse un retard en matière d’innovation, où des pays européens comme le Danemark, la Suède et les Pays-Bas gagnent du terrain.

La concurrence ne se limite pas aux États-Unis. D’autres nations, comme la France, déploient des stratégies agressives pour attirer les entreprises pharmaceutiques. Le programme « Innovation Santé 2030 » français prévoit un investissement de 9 milliards d’euros (environ 9,3 milliards de francs suisses) dans les biotechnologies, soit six fois le budget actuel de l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich).

Annette Luther, présidente de Scienceindustries, se prononce contre une politique industrielle interventionniste.

« Jusqu’à présent, nous avons bien réussi en maintenant un financement indépendant du gouvernement. Plus l’État intervient financièrement, plus il est susceptible de s’immiscer dans nos décisions. Nous voulons préserver notre autonomie. »

Annette Luther, présidente de Scienceindustries

Elle souligne néanmoins la nécessité d’améliorer l’environnement économique suisse, notamment en renégociant les accords bilatéraux avec l’Union européenne, en encourageant la recherche par des incitations fiscales, en adoptant une approche flexible de l’impôt minimum de l’OCDE et en renforçant l’enseignement supérieur. Ces mesures pourraient faire l’objet d’une stratégie de localisation pharmaceutique, actuellement examinée par le Parlement.

Le Conseil fédéral, par l’intermédiaire de Guy Parmelin, ministre de l’Économie, et d’Elisabeth Baume-Schneider, ministre de la Santé, a déjà reconnu la nécessité d’agir et a organisé une table ronde sur le sujet en septembre dernier.

Annette Luther tempère les inquiétudes, soulignant que la tendance à la relocalisation de la production est déjà perceptible depuis la pandémie de Covid-19. Elle estime que la Suisse, grâce à sa croissance passée, est mieux préparée que d’autres pays à faire face à cette concurrence accrue.

Néanmoins, les « changements tectoniques » annoncés par Severin Schwan pourraient avoir des conséquences à long terme. Selon le PDG de Roche, la clé pour maintenir la compétitivité de la Suisse réside dans l’amélioration de la productivité :

« Nous devons devenir plus productifs. »

Severin Schwan, PDG de Roche

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