Publié le 6 novembre 2025 à 20h55. L’initiative sur le service citoyen suscite un débat passionné en Suisse, proposant d’étendre l’obligation de service militaire aux femmes, au nom d’une égalité des droits mais aussi de responsabilités.
- L’initiative vise à instaurer un service général obligatoire pour tous les citoyens suisses, hommes et femmes.
- Les partisans estiment que le service à la communauté ne doit pas être une question de genre.
- Les opposants craignent que cette mesure ne représente une charge supplémentaire pour les femmes, déjà fortement impliquées dans le travail non rémunéré.
L’initiative « Service citoyen » ambitionne de transformer en profondeur le système de service militaire actuel en Suisse. Elle prévoit d’étendre l’obligation de service, jusqu’à présent réservée aux hommes, à l’ensemble de la population. Les initiateurs de ce projet estiment qu’il s’agit d’un pas essentiel vers une plus grande égalité entre les sexes et une meilleure répartition des responsabilités civiques.
« Il s’agit de briser les modèles dépassés », affirme Corina Gredig, conseillère nationale du Parti libéral-démocrate (PLD) et membre du comité d’initiative. Selon elle, le service à la communauté et à la sécurité nationale ne devrait pas être déterminé par le genre, mais être une obligation partagée par tous les citoyens.
L’initiative vise à promouvoir des modèles de comportement plus modernes et à remettre en question les rôles traditionnellement attribués aux femmes et aux hommes. « Cela vaut également pour le seuil de la vie adulte », souligne Corina Gredig.
Une mesure « injuste » pour les femmes ?
Les opposants à l’initiative « Service citoyen » ne remettent pas en question le principe de l’égalité, mais estiment que cette proposition pourrait pénaliser les femmes. Ils craignent que cela ne représente une charge supplémentaire pour un public déjà fortement impliqué dans le travail non rémunéré.
« On ne peut pas imposer davantage de responsabilités aux femmes sans leur donner des chances égales. »
Tamara Funiciello, conseillère nationale (PS)
« Le travail non rémunéré, le travail bénévole que font les femmes, elles le font principalement à la maison – lorsqu’elles s’occupent des enfants, des proches, lors du ménage », explique Tamara Funiciello, conseillère nationale du Parti socialiste (PS). « Ce n’est pas un travail que quelqu’un d’autre peut simplement entreprendre s’il doit rendre service. » L’obligation d’effectuer également un service pour la communauté et la sécurité serait donc jugée injuste et risquerait d’aggraver les inégalités existantes entre les sexes.
Tamara Funiciello (PS) lors de la séance d’été du Conseil fédéral le 3 juin 2025 au Conseil national à Berne.
KEYSTONE/Til Buergy
Selon l’Office fédéral de la statistique, en 2024, les femmes consacraient en moyenne 61 % de leur temps de travail à des tâches non rémunérées, contre 42 % pour les hommes.
Tamara Funiciello estime qu’un service obligatoire pour les femmes ne pourra être envisagé qu’une fois ces inégalités résolues. « On ne peut pas imposer aux femmes davantage de responsabilités sans leur donner des chances égales. Les femmes gagnent toujours moins que les hommes pour le même travail et effectuent beaucoup plus de travail non rémunéré. »
Le peuple suisse devra se prononcer sur cette initiative à la fin du mois de novembre, tranchant ainsi entre une vision modernisée du service citoyen et les préoccupations liées à l’égalité des genres.
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