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chanson Sophie Straat contre la piste d’IA sur les centres pour demandeurs d’asile

by Antoine Girard

Publié le 8 novembre 2025 à 17h18. Une bataille musicale inattendue agite la plateforme de streaming Spotify : deux chansons aux messages diamétralement opposés s’affrontent pour la première place des classements, reflétant les tensions politiques actuelles.

  • La chanson générée par intelligence artificielle On dit non, non, non à un centre pour demandeurs d’asile connaît un succès fulgurant.
  • En réponse, le collectif féministe Dolle Mina a lancé une campagne de diffusion massive de leur titre Liberté, égalité, sororité.
  • Les deux chansons figurent désormais dans le top 5 des classements Spotify, illustrant une polarisation des opinions.

La montée en puissance de On dit non, non, non à un centre pour demandeurs d’asile, qui combine musique hardcore et voix synthétique, a suscité une vive réaction. Le morceau, dont les paroles dénoncent l’accueil des demandeurs d’asile avec des termes virulents, a grimpé dans le Top 50 Spotify, au grand dam du mouvement Dolle Mina.

En guise de protestation, Dolle Mina a appelé jeudi à diffuser massivement Liberté, égalité, sororité, un titre sorti en 2023. L’appel a porté ses fruits : la chanson s’est hissée hier à la première place des nouveautés et se retrouve désormais dans le top 5, aux côtés de son adversaire.

On dit non, non, non à un centre pour demandeurs d’asile affiche des paroles provocatrices : « Toutes les frontières ouvertes, notre pays est dans le besoin… Ils nous inondent de gens qui n’ont pas leur place ici. Des demandeurs d’asile avec des gros vélos, des iPhones et des vestes chères ». Liberté, égalité, sororité, quant à elle, dépeint une société idéale où les centres d’accueil ne seraient plus nécessaires.

Selon Laurens Ham, professeur à l’Université d’Utrecht, les événements d’actualité et les sentiments politiques se reflètent souvent dans la musique. Cependant, il souligne que ce type de confrontation directe pour une place de choix dans les classements, avec une dimension politique aussi marquée, est rare.

« Dans ton visage xénophobe »

L’auteur de On dit non, non, non à un centre pour demandeurs d’asile, qui souhaite rester anonyme sous le pseudonyme de JW Broken Veteran, se décrit comme un ancien soldat souffrant de stress post-traumatique. Il estime que le succès de sa chanson est dû à sa capacité à « susciter la discussion, faire réfléchir les gens, mais aussi à son attrait musical ».

Pour le professeur Ham, cette chanson est un exemple typique de chanson de protestation.

« Une chanson de protestation s’élève contre quelque chose qui est considéré comme un mal social. Et cette chanson fait une déclaration très claire. »

Laurens Ham, professeur à l’Université d’Utrecht

Il qualifie le texte de « dans ton visage xénophobe », citant les paroles : « Nous disons non, non, non à un centre pour demandeurs d’asile. Assez c’est assez, plein c’est plein, débarrassez-vous-en ». Des internautes se sont interrogés sur les raisons pour lesquelles Spotify ne supprime pas la chanson. La plateforme se défend en affirmant que le morceau respecte ses règles, car il ne contient pas d’appel explicite à la violence ou à la haine envers des groupes protégés.

L’avocat pénaliste Emile van Reydt considère la chanson comme un cas limite, mais estime qu’elle reste dans les limites de la légalité.

« Le texte est vague et ne s’adresse pas directement à un groupe spécifiquement défini. On peut tout à fait discuter de son bon goût, mais on ne peut pas exclure qu’un juge décide que le texte relève de la liberté d’expression. »

Emile van Reydt, avocat pénaliste

Diamétralement opposé

Les paroles de Straat, l’artiste derrière Liberté, égalité, sororité, véhiculent un message politique radicalement différent.

« Elle est ouvertement féministe, contre les inégalités sociales et la discrimination. Sa vision politique est donc diamétralement opposée à celle de JW Broken Veteran. »

Laurens Ham, professeur à l’Université d’Utrecht

Il souligne que le titre de Straat est une ode à l’inclusion, imaginant une utopie politique où de nombreux problèmes seraient résolus.

Cette bataille musicale reflète le climat politique actuel, marqué par une polarisation des opinions, selon Ham. Il observe également que la politique est de plus en plus perçue comme un conflit de valeurs culturelles, allant au-delà des questions économiques traditionnelles. Il cite en exemple les débats sur l’inclusion des genres et le racisme.

« Des avis sans fard »

Nynke van Zwol, de Dolle Mina, se réjouit du succès de Straat.

« Nous aurions pu dire : ‘C’est mauvais, le monde va mal’, mais nous avons maintenant montré que nous pouvons nous opposer, avec une chanson qui rayonne d’espoir. »

Nynke van Zwol, Dolle Mina

JW Broken Veteran affirme que sa chanson « contient un sens plus profond qui résonne chez de nombreuses personnes » et qu’elle a suscité des réactions fortes dans la rue. Il se dit choqué par l’attention médiatique et les critiques acerbes qu’il a reçues.

« C’était une montagne russe avec les médias et toutes les opinions, qui sont assez dures, sans fard et pour la plupart sans fondement. Vous êtes décrit comme un homme naïf, raciste, stupide et agressif, qui entre une invite dans un générateur de chansons dans son grenier. Ce ne sont tout simplement pas des faits, ce que je trouve dommage. »

JW Broken Veteran, auteur de On dit non, non, non à un centre pour demandeurs d’asile

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