Home SantéChoix des médecins en fin de vie : une étude surprenante

Choix des médecins en fin de vie : une étude surprenante

by Sophie Martin

Face à la maladie, les médecins eux-mêmes sont confrontés à des choix difficiles concernant la fin de vie, privilégiant souvent des options limitant l’intervention médicale plutôt que de recourir à tous les moyens disponibles. Une étude récente révèle les nuances de ces décisions, influencées par des facteurs personnels, éthiques et législatifs.

L’étude, menée auprès de médecins atteints de cancers avancés ou de la maladie d’Alzheimer, a examiné leurs préférences en matière de soins de fin de vie dans différents pays, des États-Unis, où l’accès à l’aide médicale à mourir est limité, à la Belgique, où l’euthanasie et l’aide médicale à mourir sont légalisées. Les chercheurs ont constaté que les médecins concernés ne considèrent pas ces options comme un désir de mourir, mais comme une volonté de contrôler les circonstances de leur fin de vie.

Plus précisément, l’étude a révélé une faible propension à recourir à des traitements intensifs. Seulement 0,5 % des médecins atteints de cancer et 0,2 % de ceux atteints de la maladie d’Alzheimer ont exprimé le souhait de subir une réanimation cardio-pulmonaire (RCP). De même, moins de 1 % ont envisagé la ventilation mécanique, et respectivement 3 % et 4 % ont opté pour l’alimentation par sonde – sans précision quant au type de sonde utilisé (naso-gastrique ou PEG).

L’euthanasie, consistant en l’administration d’une substance létale par un médecin, a été perçue comme une option acceptable par plus de 50 % des médecins interrogés, tant pour le cancer que pour la maladie d’Alzheimer. L’aide médicale à mourir (PAD), qui implique la prescription d’un médicament que le patient s’auto-administre, a également été considérée comme une bonne option par plus de la moitié des médecins. Il est à noter qu’environ 80 % des patients qui reçoivent une prescription de PAD ne l’utilisent jamais, préférant laisser la maladie suivre son cours naturel.

La sédation palliative, visant à soulager la souffrance sans intention de hâter la mort, a également été privilégiée par 59 % des médecins atteints de cancer et 50 % de ceux atteints de la maladie d’Alzheimer.

Plusieurs facteurs influencent ces choix. Au-delà des considérations personnelles – religiosité, principes moraux, expériences de vie – les médecins sont également influencés par le cadre législatif et réglementaire, les normes sociales, leur spécialité médicale et le nombre de patients en fin de vie qu’ils accompagnent. Les chercheurs soulignent l’importance de la formation initiale et des valeurs transmises par la famille et l’entourage.

L’étude met en lumière une préoccupation éthique majeure : l’influence potentielle des convictions personnelles des médecins sur les informations qu’ils fournissent à leurs patients. Les patients ont souvent tendance à demander à leurs médecins quel choix ils feraient à leur place, ce qui peut créer une pression subtile. Des recherches antérieures ont montré que les médecins peuvent inconsciemment transmettre leurs propres préférences, influençant ainsi les décisions de leurs patients.

Pour minimiser cette influence, les auteurs recommandent d’aborder la question de la planification de fin de vie dès les premiers stades de la maladie, afin de permettre aux patients de prendre des décisions éclairées et autonomes. Ils suggèrent d’adopter une approche centrée sur le patient, en soulignant que « Mon choix est basé sur des facteurs qui me concernent, et votre choix doit être basé sur des facteurs qui vous concernent. »

Enfin, l’étude souligne le manque de temps alloué aux discussions approfondies sur la fin de vie dans le système de soins de santé actuel. Aux États-Unis, par exemple, Medicare ne prévoit qu’une seule séance de consultation à ce sujet, ce qui est souvent insuffisant. Il est également important d’impliquer la famille dans ces discussions, afin de réduire la pression et de soutenir l’autonomie du patient.

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