Home NouvellesComment donner envie aux gens de lire sur le changement climatique – Mother Jones

Comment donner envie aux gens de lire sur le changement climatique – Mother Jones

by Nicolas Lefèvre

Une naissance de baleine inattendue, des scientifiques à la pointe de la recherche sur la communication animale et une entomologiste face à l’effondrement des populations d’insectes : la journaliste scientifique Elizabeth Kolbert explore les paradoxes de notre époque, où la connaissance s’accélère tandis que la planète se dégrade.

En juillet 2023, alors qu’elle suivait une équipe de chercheurs en Dominique, dans les Caraïbes, Elizabeth Kolbert a eu la chance d’assister à un événement exceptionnel : la naissance d’un petit cachalot. Une scène qu’elle a décrite comme « quelque chose sorti d’un mammifère marin Seigneur des Anneaux. » L’observation, survenue lors de son dernier jour sur l’île, a été amplifiée par l’arrivée massive d’une quarantaine de dauphins de Fraser et de dizaines de globicéphales, un rassemblement dont les raisons restent encore à élucider pour les scientifiques.

« Parfois, honnêtement, on a une chance au-delà de toute croyance », confie la journaliste, lauréate du prix Pulitzer pour son ouvrage La Sixième Extinction. Avant de se lancer dans une enquête, elle explique avoir généralement une idée précise de ce qu’elle espère découvrir. Mais certains moments, comme celui-ci, dépassent toutes les attentes.

Cette observation fortuite n’est pas un cas isolé dans le travail de Kolbert. Son nouveau livre, La Vie sur une Planète Peu Connue, rassemble des articles publiés au cours des deux dernières décennies, principalement dans le New Yorker. On y retrouve notamment le portrait d’une entomologiste documentant les espèces de chenilles face à ce qu’elle appelle « l’apocalypse des insectes », ainsi qu’un récit de la mobilisation du climatologue James Hansen en 2009 pour réclamer une action climatique plus ambitieuse. L’ouvrage comprend également un entretien poignant avec Marie Smith Jones, la dernière locutrice de l’eyak, une langue autochtone d’Alaska.

Face à la complexité et à l’urgence du changement climatique, Kolbert estime que son livre offre une leçon sur la manière d’aborder ces sujets. Elle a récemment expliqué qu’après 25 ans d’études sur l’environnement, elle a appris à écrire en sortant de la perspective humaine.

« De nombreux articles du livre parlent de personnes qui effectuent des recherches de pointe », explique-t-elle. « Le premier article, par exemple, concerne les chercheurs qui utilisent l’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle pour tenter de décoder les communications des cachalots. Et pendant ce temps, la population de cachalots a été décimée. Dans la mesure où les cachalots ont des langues et des dialectes, beaucoup d’entre eux ont probablement déjà disparu. »

Kolbert souligne cette course contre la montre entre l’acquisition de connaissances et la disparition des espèces. Elle illustre ce point avec l’exemple d’une chercheuse qui s’efforce de documenter les chenilles avant qu’elles ne disparaissent complètement.

Elle développe une approche singulière en adoptant le point de vue des espèces qu’elle étudie. À propos des chenilles, elle écrit : « Du point de vue d’une chenille, les humains sont ennuyeux. Les jeunes qu’ils font sortir de leur corps ne sont que des versions miniatures d’eux-mêmes, avec tous les membres et appendices qu’ils auront jamais. » Elle insiste sur le fait que « être un être humain n’est qu’une façon d’être au monde » et déplore notre déconnexion croissante avec le monde naturel.

En revisitant des articles plus anciens, comme celui consacré à James Hansen en 2009, où les niveaux de CO2 étaient d’environ 385 parties par million (contre environ 425 aujourd’hui), Kolbert ressent un sentiment d’élégie face au manque de progrès réalisés. Elle reconnaît que les efforts de nombreux acteurs, comme Christiana Figueres, qui a dirigé les négociations de l’Accord de Paris, semblent aujourd’hui teintés de tristesse.

« Je me qualifierais de journaliste », affirme Kolbert. « Et je suis un journaliste plutôt de la vieille école. J’ai écrit ces pièces dans l’espoir d’être fidèle à mes sujets. » Elle admet que son choix de sujets constitue déjà une forme d’engagement, mais se refuse à se considérer comme une militante.

Elle conclut en soulignant l’importance de documenter le présent, car « d’un point de vue géologique, des choses vraiment importantes se produisent en ce moment. Je pense qu’il est important qu’il y ait un record. » Elle espère que son travail permettra aux générations futures de comprendre l’époque que nous traversons, et que, malgré la gravité des sujets abordés, ses récits apporteront un certain plaisir aux lecteurs.

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