Loin d’être un réflexe quotidien évident, l’usage du savon a connu une histoire étonnamment complexe, marquée par la méfiance et les idées reçues. Pendant des siècles, l’eau et le savon ont été perçus comme des vecteurs de maladies, une conception qui a freiné leur adoption et contribué à la propagation d’épidémies.
Au Moyen Âge, l’hygiène personnelle était loin d’être une priorité. L’idée que les maladies pouvaient pénétrer dans le corps par l’eau et le savon était largement répandue. Les épidémies de peste, de choléra et de typhus ont fait des ravages, en partie à cause de cette méfiance envers l’eau et du manque d’hygiène. À cette époque, il était plus courant de se poudrer et de se parfumer que de se laver, car l’eau était considérée comme dangereuse.
Cette perception erronée reposait sur une compréhension limitée du corps humain. La science de l’époque avançait que l’eau pouvait pénétrer par les pores de la peau et provoquer des infections. De plus, la vapeur d’eau était accusée d’affecter la virilité. Les bains n’étaient généralement pris que sur prescription médicale.
Les conditions d’hygiène ont commencé à s’améliorer vers la fin de la période baroque, mais il a fallu attendre le XIXe siècle pour que le savon devienne un élément essentiel de la toilette quotidienne. Cette évolution coïncide avec les découvertes de la médecine concernant la transmission des maladies par les bactéries et la capacité de certaines substances à les neutraliser.
L’histoire du savon remonte à 4 000 ans, avec les Sumériens, originaires de l’Irak actuel, qui sont à l’origine des premières recettes. Ces pionniers de la chimie ont découvert que les cendres végétales avaient des propriétés détergentes. En mélangeant ces cendres avec des huiles, ils ont créé une base primitive du savon, initialement utilisée comme remède pour les blessures.
Les Égyptiens et les Grecs ont ensuite adopté cette recette, mais ce sont les Romains qui ont été les premiers à reconnaître son pouvoir nettoyant. Le savon tel que nous le connaissons aujourd’hui est apparu au VIIe siècle, grâce aux Arabes qui faisaient bouillir de l’huile et de la lessive ensemble. Cette technique s’est rapidement répandue en Europe, l’Espagne et la France devenant des centres majeurs de production.
Le savon agit grâce à des tensioactifs, des substances qui réduisent la tension superficielle des liquides. Ces molécules possèdent une partie attirée par l’eau et une autre par les graisses. La partie lipophile se fixe aux particules de saleté, tandis que la partie hydrophile les dissout, permettant à l’eau de les emporter facilement. La formation de mousse est une manifestation de cette action sur la tension superficielle, permettant au savon de pénétrer dans les espaces les plus étroits.
L’efficacité du savon ne se limite pas à la saleté ordinaire. Il est également capable de désactiver le coronavirus. Le virus étant entouré d’une enveloppe graisseuse protectrice, le savon la détruit en quelques secondes, le rendant incapable de se multiplier et donc inoffensif. Un rinçage abondant élimine ensuite les restes du virus.
Cependant, les dermatologues mettent en garde contre une utilisation excessive du savon. Son pH alcalin (entre 8 et 11) peut endommager la couche protectrice naturelle de la peau, dont le pH se situe entre 4,8 et 5,3. Un lavage trop fréquent peut altérer cette barrière protectrice et éliminer le sébum naturel, rendant la peau plus vulnérable aux irritations et aux infections.
Pour les peaux sensibles, les syndets, ou détergents synthétiques, constituent une alternative. Composés de tensioactifs artificiels et enrichis d’agents hydratants, ils sont moins agressifs pour la peau. Les mentions « pH neutre pour la peau » ou une valeur de pH comprise entre 4,1 et 5,8 peuvent aider à identifier les syndets appropriés.
