Home MondeComment fonctionnera la nouvelle réserve de talents de l’UE pour les demandeurs d’emploi non européens

Comment fonctionnera la nouvelle réserve de talents de l’UE pour les demandeurs d’emploi non européens

by Clara Dubois

L’Union européenne va se doter d’une plateforme numérique inédite pour faciliter le recrutement de travailleurs qualifiés en provenance de pays tiers, face à une pénurie croissante de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs clés. Le « vivier de talents de l’UE », dont les contours ont été définis mardi par les négociateurs du Parlement européen et du Conseil, vise à mettre en relation employeurs et demandeurs d’emploi de manière plus efficace et sécurisée.

Cette initiative répond à un besoin urgent, souligné par BusinessEurope, la confédération des organisations d’entreprises européennes, qui alerte sur les « importantes pénuries de main-d’œuvre et de compétences » rencontrées par les employeurs de tous les États membres. Selon l’organisation, le vieillissement de la population européenne – avec le départ annuel d’environ un million de personnes du marché du travail et une perte prévisionnelle de 30 millions d’actifs d’ici 2050 – aggrave cette situation.

La plateforme, dont la participation est volontaire pour les États membres, se concentrera sur les métiers inscrits sur une liste européenne des professions en tension, établie par la Commission européenne en concertation avec les États. Elle permettra aux employeurs, y compris les agences d’intérim, de publier des offres d’emploi détaillées, incluant le nom et les coordonnées de l’entreprise, la description du poste, le lieu de travail et la rémunération.

Les demandeurs d’emploi pourront créer un profil en renseignant leurs compétences, qualifications, expérience professionnelle, niveau de langue et pays de prédilection. Ils pourront également indiquer s’ils participent à un « partenariat pour les talents », un programme de formation mis en place par la Commission européenne pour préparer les candidats à un emploi dans l’UE.

« Nous avons franchi une nouvelle étape pour garantir que nos entreprises ne soient pas freinées par le manque de main-d’œuvre », s’est réjouie Abir Al-Sahlani, eurodéputée suédoise ayant mené les discussions sur ce projet. « Cette législation est également un outil pour créer des voies plus sûres et plus légales vers l’UE, tout en protégeant les demandeurs d’emploi contre l’exploitation. » Elle a insisté sur le potentiel de cette initiative à transformer le débat sur la migration, en la présentant non pas comme un problème, mais comme une opportunité pour renforcer la compétitivité de l’Union européenne.

Cependant, les syndicats se montrent plus réservés, exprimant des inquiétudes quant au risque de fraude et de mauvaises conditions de travail dans les secteurs concernés, souvent caractérisés par une forte intensité de main-d’œuvre. Ils estiment que la solution principale réside dans l’amélioration des salaires et des conditions de travail pour tous les travailleurs, y compris les migrants déjà présents dans l’UE.

La participation à ce « vivier de talents » sera gratuite pour les employeurs et les demandeurs d’emploi. La Commission européenne assurera la gestion de la plateforme, en s’appuyant sur des points de contact désignés par chaque pays participant pour la transmission des offres d’emploi et des listes de métiers en pénurie. À l’instar du portail EURES, les employeurs ne pourront pas publier directement leurs offres.

Il est important de noter que la création de ce vivier de talents ne modifie pas les procédures d’immigration existantes. Les États membres resteront responsables de la délivrance des permis de travail et de séjour, mais pourront choisir de mettre en place des procédures accélérées pour les candidats sélectionnés via la plateforme. Des informations sur les procédures d’immigration et les droits des travailleurs seront également disponibles sur le site.

L’accord conclu mardi doit encore être formellement adopté par le Parlement européen et le Conseil avant d’entrer en vigueur. La Commission européenne lancera ensuite le développement de la plateforme. Une initiative pilote, lancée en avril 2022 dans le cadre du portail Europass, a déjà permis d’aider les personnes fuyant la guerre en Ukraine à trouver un emploi dans l’UE, avec la participation de la Croatie, de la Tchéquie, de la Finlande, de la Lituanie, de la Pologne, de la Slovaquie et de l’Espagne.

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