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Comment la Chine chamboule l’environnement de l’Asie du Sud-Est

by Clara Dubois

Sous couvert de développement durable, la Chine redessine à grande échelle le paysage géopolitique et environnemental de l’Asie du Sud-Est. Des infrastructures massives, financées par des prêts conséquents, suscitent des inquiétudes quant à la dépendance économique et aux impacts écologiques.

Devenue un acteur majeur dans les technologies vertes – premier fabricant mondial de panneaux photovoltaïques, de véhicules électriques et de batteries – la Chine poursuit une stratégie d’influence marquée par des investissements colossaux dans les infrastructures. Un réseau ferroviaire à grande vitesse (LGV) s’étend ainsi à travers le Laos, la Thaïlande, la Malaisie, le Vietnam et l’Indonésie, financé par des banques chinoises.

Ce développement rapide s’appuie sur des transferts de technologies réalisés dans les années 1980 avec la France, l’Allemagne et le Japon. La Chine possède désormais 48 000 km de LGV, représentant 87 % du réseau mondial. Des liaisons sont en construction, reliant Kunming, capitale de la province du Yunnan, à Vientiane (Laos), Bangkok (Thaïlande), Haïphong (Vietnam) et Singapour, sur une distance de 4 000 km à travers la Thaïlande et la Malaisie. Un autre projet est en cours en Indonésie, entre Jakarta et Bandung, et un autre est envisagé en Birmanie, entre Kunming et Mandalay.

Ces projets, adossés à des prêts, créent une dépendance financière significative pour les pays bénéficiaires. Au Laos, par exemple, la LGV inaugurée en 2021 a coûté 5,9 milliards de dollars, représentant 116 % du PIB du pays en 2023. Si la rentabilité reste incertaine pour ce pays de 8 millions d’habitants, elle offre une opportunité pour le tourisme chinois, avec cinq trains quotidiens reliant Kunming à Vientiane en neuf heures et demie, via Luang Prabang.

Par ailleurs, des projets immobiliers d’envergure, également financés par des prêts chinois, voient le jour dans la région. Le projet « Ville forestière » en Malaisie, lancé en 2016 par le promoteur Country Garden, est un exemple frappant. Ce mégaprojet de 100 milliards de dollars, visant à créer une « métropole écologique » d’un million d’habitants, est quasiment à l’arrêt, avec seulement 1 % des 26 000 logements de luxe ayant trouvé preneur. Il est désormais surnommé « la ville fantôme la plus chère du monde ».

Les conséquences environnementales de cette expansion sont également préoccupantes. Les tracés ferroviaires traversent et dévastent des forêts primaires, des terres agricoles et des sites historiques. La construction de plusieurs barrages hydroélectriques sur le Mékong, par la Chine, a déjà des conséquences graves sur l’écosystème en aval, affectant la Birmanie, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Vietnam.

Un nouveau mégabarrage est en construction au Tibet, qui sera le plus grand du monde, avec une taille trois fois supérieure à celui des Trois-Gorges. Ce projet, présenté comme une initiative de décarbonation, inquiète l’Inde, qui n’a pas été consultée et craint des conséquences dévastatrices sur les sols de l’Arunachal Pradesh et de l’Assam. Le Bhoutan et le Bangladesh sont également concernés.

Les critiques soulignent les dégâts écologiques déjà constatés le long du Yangtsé avec le barrage des Trois-Gorges. Cependant, les autorités chinoises ont maintenu le cap, car ces barrages leur confèrent un contrôle stratégique sur les ressources en eau de la région, renforçant ainsi leur influence politique et économique.

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