Home SantéComment le jeûne peut stimuler le traitement du cancer du sein : une nouvelle recherche révèle un lien hormonal clé |

Comment le jeûne peut stimuler le traitement du cancer du sein : une nouvelle recherche révèle un lien hormonal clé |

by Sophie Martin

Publié le 12 décembre 2025 à 06h00. Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature révèle que des périodes de jeûne contrôlées pourraient renforcer l’efficacité des traitements hormonaux contre le cancer du sein, en agissant sur des mécanismes génétiques et hormonaux clés.

  • Le jeûne intermittent pourrait augmenter la sensibilité des cellules cancéreuses du sein aux traitements endocriniens, notamment le tamoxifène.
  • Des recherches récentes mettent en lumière le rôle crucial du récepteur des glucocorticoïdes dans cette réponse positive.
  • Des résultats préliminaires chez l’humain suggèrent que même un régime court imitant le jeûne peut induire des changements biologiques significatifs dans les tumeurs.

Le cancer du sein hormono-dépendant, le plus fréquent au niveau mondial, est généralement traité par hormonothérapie, visant à bloquer ou à réduire l’action des œstrogènes. Cependant, après plusieurs années, certaines tumeurs développent une résistance à ces traitements. Des chercheurs s’efforcent donc de trouver des stratégies pour améliorer l’efficacité des thérapies et retarder l’apparition de cette résistance, et l’alimentation apparaît comme un facteur potentiel.

L’étude, parue dans Nature, suggère que le jeûne peut déclencher des modifications hormonales et génétiques au sein des cellules tumorales, renforçant ainsi l’action de l’hormonothérapie. Les expériences menées sur des animaux ont montré que les néoplasmes des sujets ayant suivi un régime de jeûne et recevant du tamoxifène diminuaient significativement plus que ceux des animaux traités uniquement avec le médicament.

Cette avancée s’explique principalement par l’impact du jeûne sur l’épigénome tumoral. L’épigénétique, qui concerne les marqueurs chimiques modifiant l’expression des gènes, est ainsi « rééduquée » par le jeûne, rendant les cellules cancéreuses plus sensibles au traitement et moins aptes à proliférer.

Un rôle central est attribué au récepteur des glucocorticoïdes, activé par des hormones comme le cortisol, dont le taux augmente pendant le jeûne. L’activation de ce récepteur stimule l’expression de gènes inhibant la croissance tumorale et réduit l’activité d’une protéine (AP-1) favorisant la multiplication des cellules cancéreuses. En supprimant le récepteur des glucocorticoïdes, les scientifiques ont constaté que l’amélioration des effets du tamoxifène induite par le jeûne disparaissait, confirmant son rôle essentiel.

Par ailleurs, le jeûne a également augmenté les niveaux de progestérone chez les souris et chez des patientes suivant un régime imitant le jeûne, activant ainsi le récepteur de la progestérone, un autre facteur inhibant la croissance tumorale dans les cancers du sein positifs aux récepteurs d’œstrogènes.

Des essais préliminaires menés sur des patientes atteintes d’un cancer du sein hormono-dépendant, ayant volontairement suivi un régime court imitant le jeûne pendant leur traitement, ont confirmé ces résultats. L’analyse sanguine a révélé une augmentation des taux de cortisol et de progestérone, tandis que les biopsies ont montré une interaction plus forte des gènes des récepteurs des glucocorticoïdes et une diminution des marqueurs de division cellulaire dans le tissu tumoral.

Les chercheurs ont également exploré la possibilité d’imiter les effets du jeûne sans imposer de restrictions alimentaires. L’administration de dexaméthasone, un glucocorticoïde synthétique utilisé pour réduire l’inflammation, en association avec le tamoxifène, a produit une réponse antitumorale similaire à celle observée avec le jeûne. La taille des tumeurs a diminué davantage et l’efficacité du médicament a été prolongée, même après l’arrêt du traitement.

Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles approches thérapeutiques, potentiellement plus accessibles que le jeûne strict. L’utilisation de stéroïdes, sous contrôle médical rigoureux, pourrait constituer une alternative viable, mais des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer sa sécurité.

Ces travaux soulignent l’importance de cibler le récepteur des glucocorticoïdes pour optimiser l’efficacité de l’hormonothérapie dans le traitement du cancer du sein hormono-dépendant. Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires, ces résultats représentent une avancée prometteuse dans la lutte contre la résistance aux traitements, l’un des défis majeurs de l’oncologie.

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