Publié le 17 janvier 2026 à 06h00. L’Irlande voit une augmentation spectaculaire des saisies de cannabis en provenance des États-Unis, du Canada et de la Thaïlande, alimentant un marché illégal en plein bouleversement et exploitant des individus vulnérables comme mules.
- Les saisies de cannabis en provenance des États-Unis ont atteint un niveau record en 2025, représentant environ 46 millions d’euros sur un total de 107 millions d’euros de cannabis saisi.
- Des individus, souvent en difficulté financière, sont recrutés comme passeurs, risquant de lourdes peines de prison pour transporter la drogue.
- La légalisation ou la libéralisation du cannabis dans ces pays d’origine a créé une surproduction, rendant le marché irlandais attractif pour les réseaux criminels.
Adrianne St Clair, une mère célibataire de 32 ans originaire de Los Angeles, pensait se rendre à Londres pour faire du shopping avant de commencer un emploi de masseuse au Royaume-Uni. Arrivée à Dublin le 22 décembre 2023, elle a été interpellée à l’aéroport après qu’un chien renifleur ait alerté les douaniers sur ses bagages. L’inspection a révélé 22 kg d’herbe de cannabis d’une valeur estimée à 460 000 €.
St Clair a rapidement admis aux gardes (Gardaí) qu’elle transportait les sacs pour une ancienne camarade de classe, qui avait également financé son voyage et organisé son transport depuis l’aéroport de Los Angeles. Elle devait recevoir 5 000 € pour ce service. Jugée coupable d’importation et de possession de cannabis en vue de sa distribution, elle a été condamnée à trois ans et demi de prison seulement six semaines après son arrestation.
L’affaire de St Clair n’est qu’un exemple parmi d’autres. Les autorités irlandaises constatent une recrudescence de ce type de situation, où des individus vulnérables sont utilisés comme mules pour introduire clandestinement du cannabis dans le pays. Le surintendant en chef Seamus Boland, à la tête du Bureau des drogues et du crime organisé (Garda National Drugs and Organised Crime Bureau), explique que les gangs criminels ont établi des « routes directes » depuis les pays d’origine.
Selon des données obtenues par l’Irish Times, la valeur du cannabis saisi en Irlande a plus que décuplé entre 2019 et 2025, passant de 10 millions d’euros à environ 107 millions d’euros. Cette augmentation est directement liée à l’évolution de la législation sur le cannabis dans d’autres pays. Les États-Unis, le Canada et la Thaïlande sont désormais les principales sources d’approvisionnement du marché irlandais.
En Thaïlande, le cannabis a été retiré de la liste des stupéfiants en 2022, autorisant sa culture et son utilisation à des fins médicales. Cependant, des réformes récentes ont limité la culture et la vente au secteur médical, ce qui pourrait entraîner une diminution de l’offre vers l’Europe à l’avenir. Aux États-Unis, la légalisation du cannabis dans de nombreux États a entraîné une surproduction, rendant le produit plus accessible et moins cher sur le marché international. Le Canada a légalisé le cannabis à l’échelle nationale en 2018.
Robert Patrancus, analyste des marchés criminels et des politiques à l’Agence européenne des drogues, souligne que la situation est motivée par la recherche du profit :
« La raison principale est simple : il s’agit essentiellement du profit. On dirait que c’est dû à la surproduction là-bas [aux États-Unis, au Canada et en Thaïlande]. Ils ont dû chercher d’autres marchés. Le prix de ce cannabis est assez bas, donc pour de nombreux réseaux criminels, il est plus logique de l’acheter auprès de ces sources plutôt que de l’acheter en Europe. »
Les autorités irlandaises constatent également une augmentation des saisies de grandes quantités de cannabis transportées par fret aérien. Le 13 décembre dernier, 154 kg de cannabis, d’une valeur de plus de 3 millions d’euros, ont été découverts dissimulés dans un envoi en provenance des États-Unis, déguisés en « hottes de cuisine ».
Boland précise que les gangs irlandais s’adaptent à cette nouvelle donne, privilégiant désormais les importations directes plutôt que la culture illégale de cannabis en intérieur, qui est plus coûteuse et risquée. Il ajoute que le cannabis provenant des États-Unis et du Canada est souvent perçu comme étant de meilleure qualité, ce qui incite les revendeurs à le commercialiser sous le nom de « Cali weed », en référence au cannabis californien de haute qualité.
Les saisies de cannabis sont en augmentation dans les ports européens, avec des quantités « absolument énormes » interceptées à Rotterdam et en Belgique. Patrancus note que, dans certains ports, la quantité de cannabis saisie dépasse désormais celle de cocaïne, une situation inédite.
Les autorités irlandaises restent vigilantes et s’efforcent de démanteler les réseaux criminels impliqués dans le trafic de drogue, tout en soulignant la nécessité d’une coopération internationale pour lutter contre ce phénomène croissant.
