Home MondeComment le procès Pelicot a remodelé le consentement dans les lois françaises sur le viol

Comment le procès Pelicot a remodelé le consentement dans les lois françaises sur le viol

by Clara Dubois

Un tournant historique pour la lutte contre les violences sexuelles en France : le Parlement a adopté une loi intégrant explicitement le consentement dans la définition du viol et de l’agression sexuelle, une avancée saluée par les associations féministes comme une victoire portée par le courage de Gisèle Pelicot.

Le Sénat a approuvé mercredi, par 327 voix contre zéro, un texte qui stipule désormais que « tout acte sexuel non consensuel constitue une agression sexuelle ». La loi précise que le consentement doit être « libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable ». Cette évolution législative aligne la France sur des pays comme l’Allemagne, l’Espagne et la Belgique.

Cette réforme intervient après un procès retentissant impliquant Dominique Pelicot, accusé d’avoir drogué et agressé sexuellement sa femme pendant près d’une décennie, avec la complicité d’autres individus. Au cours de ce procès éprouvant, Gisèle Pelicot est devenue une figure emblématique du féminisme, incarnant la résilience face à l’adversité.

Depuis des années, les associations de défense des droits des femmes déploraient l’absence de prise en compte du consentement dans la législation française. L’affaire Pelicot a agi comme un catalyseur, mais elle s’inscrit dans un mouvement plus large, initié notamment par la publication en 2020 du témoignage de Vanessa Springora dans son livre Consentement. Ce récit a ouvert un débat crucial sur les relations abusives et a conduit à la fixation de l’âge du consentement à 15 ans.

D’autres affaires médiatisées ont également contribué à faire évoluer les mentalités. En février 2024, l’actrice Judith Godrèche a été ovationnée aux Césars pour son discours poignant sur les violences sexuelles dans le monde du cinéma. En mai, Gérard Depardieu a été condamné à 18 mois de prison avec sursis pour des agressions sexuelles commises sur un plateau de tournage. Il est actuellement confronté à de nouvelles accusations.

« Jusqu’à présent, il y avait cette idée que : ‘Oh, c’est ma femme, donc j’ai droit à son corps à tout moment’ », explique Violaine De Filippis-Abate, avocate et militante féministe de l’association Osez le Féminisme. « L’affaire Pelicot a sensibilisé à ce qui constitue un viol. »

Cependant, les défenseurs des droits des femmes restent prudents. Ils soulignent que la loi seule ne suffira pas à transformer la société. « Nous devrions nous réjouir de cette nouvelle loi sur le consentement… Mais ce n’est pas simplement changer une loi qui va changer la société », insiste Violaine De Filippis-Abate. « Pour cela, nous devons approfondir nos connaissances. »

Certains juristes s’interrogent sur l’interprétation concrète de la nouvelle définition du consentement, craignant qu’elle ne crée des difficultés dans les couples ou qu’elle ne reporte une fois de plus la charge de la preuve sur les victimes. Béatrice Zavarro, l’avocate de Dominique Pelicot, se demande : « Les couples devront-ils signer un morceau de papier avant toute relation sexuelle ? Comment savoir s’ils ont retiré leur consentement à mi-parcours ? »

L’affaire Pelicot a également mis en lumière un aspect troublant : les agresseurs présumés étaient des hommes ordinaires, issus de divers milieux sociaux. Fatima Benomar, co-présidente de l’association Coudes à Coudes, souligne que « cette nouvelle loi est positive, mais elle n’est pas révolutionnaire ». Elle insiste sur la nécessité d’une éducation à la sexualité et aux relations saines, dès l’école, et d’impliquer davantage les hommes dans le débat.

Selon un rapport de l’Institut des politiques publiques de France publié en 2024, jusqu’à 94 % des cas de viol en France ne donnent jamais lieu à des poursuites. Le collectif Feminist Legal Action rappelle qu’il n’existe aucune garantie légale que toutes les plaintes soient systématiquement enquêtées, ce qui pourrait limiter l’impact réel de la nouvelle loi.

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