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Comment les astuces ADN aident la tuberculose à lutter contre le traitement

by Sophie Martin

Publié le 5 décembre 2025 à 05h10. Une nouvelle approche génomique révèle des mutations jusqu’alors invisibles chez la bactérie responsable de la tuberculose, ouvrant la voie à de meilleurs outils de diagnostic et de traitement contre cette maladie infectieuse séculaire.

  • Des analyses génétiques avancées ont permis d’identifier des variations structurelles dans l’ADN de Mycobacterium tuberculosis, liées à la résistance aux médicaments.
  • La création d’un « pangénome » de la tuberculose offre une représentation complète de la diversité génétique de l’espèce.
  • Ces découvertes pourraient améliorer la surveillance de la tuberculose et aider à anticiper l’émergence de souches résistantes.

La tuberculose (TB) est l’une des maladies infectieuses les plus anciennes et les plus meurtrières au monde. Si elle affecte généralement les poumons, elle peut également toucher d’autres organes comme la colonne vertébrale, le cerveau ou les reins. Des traces de cette maladie ont même été retrouvées sur des momies égyptiennes, attestant de sa présence depuis des millénaires, comme en témoignent des anomalies squelettiques typiques et des représentations artistiques de l’époque d’après des études récentes.

Aujourd’hui, la tuberculose, causée par la bactérie Mycobacterium tuberculosis, continue de tuer plus d’un million de personnes chaque année selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Malgré le développement d’antibiotiques dans les années 1940, la bactérie a rapidement développé des mécanismes de résistance aux médicaments, et certaines souches sont même devenues multirésistantes, rendant leur traitement particulièrement difficile comme l’ont montré des recherches antérieures.

Depuis des décennies, les scientifiques étudient l’ADN de la bactérie pour comprendre son évolution et les mécanismes de résistance aux médicaments comme le révèle une étude récente publiée dans Communications Nature. Cependant, les outils traditionnels de séquençage de l’ADN, basés sur la lecture de courts fragments génétiques, ne permettaient pas de visualiser l’ensemble de la complexité du génome de la tuberculose, notamment les régions répétitives et les réarrangements structurels.

Une équipe de chercheurs a utilisé de nouvelles techniques de séquençage d’ADN à lecture longue, combinées à une analyse graphique du génome, pour identifier des variations génétiques jusqu’alors inconnues. Ces nouvelles méthodes ont permis de créer un « pangénome » de M. tuberculosis, une représentation complète de toute la diversité génétique de l’espèce. Ce pangénome permet de mieux comprendre comment la bactérie s’adapte, se propage et développe une résistance aux antibiotiques.

Les données obtenues ont révélé d’importants changements structurels dans le génome de la bactérie – des délétions, des duplications, des insertions et des inversions – qui peuvent remodeler sa biologie. Beaucoup de ces réarrangements sont liés à un petit morceau d’ADN appelé IS6110, capable de se déplacer dans le génome et de provoquer des modifications importantes. En cartographiant ces variations, les chercheurs ont pu retracer leur origine, leur fréquence et leur impact sur différentes souches de M. tuberculosis.

L’étude a notamment montré que certains réarrangements génétiques sont associés à des profils spécifiques de résistance aux médicaments. Par exemple, la suppression d’un gène peut empêcher la bactérie de métaboliser un médicament, la rendant ainsi insensible à son action. D’autres modifications affectent les éléments régulateurs qui contrôlent l’activité des gènes, permettant à la bactérie de survivre malgré le traitement médicamenteux.

Ces découvertes soulignent l’importance de prendre en compte les variations structurelles de l’ADN dans l’étude de la tuberculose. Elles pourraient permettre d’améliorer les modèles de prédiction de la résistance aux médicaments, d’affiner les outils de diagnostic et de mieux anticiper l’émergence de souches résistantes. Les programmes de santé publique qui s’appuient sur des données génomiques pour surveiller la transmission et la résistance de la tuberculose pourraient également bénéficier de ces nouvelles connaissances. À mesure que la technologie de séquençage à lecture longue devient plus accessible, son intégration dans la surveillance de la tuberculose pourrait fournir une vision plus précise et en temps réel de l’évolution de la bactérie.

Tuberculose aux rayons X
Les souches de tuberculose pharmacorésistantes comptent parmi les infections les plus difficiles et les plus coûteuses à traiter. Image : Shutterstock

En fin de compte, ces avancées pourraient conduire à des décisions thérapeutiques plus éclairées, au développement de nouveaux diagnostics et à une meilleure capacité à anticiper et à contrer l’émergence de souches résistantes de la tuberculose. Dans une maladie où un diagnostic précoce est crucial, une meilleure résolution génomique pourrait se traduire par de meilleurs résultats pour les patients.

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