Publié le 9 décembre 2025 à 06h05. Des chercheurs de l’Université de Bâle ont découvert comment la bactérie Pseudomonas aeruginosa, fréquemment impliquée dans les infections nosocomiales, parvient à survivre aux attaques de ses congénères en activant un véritable programme d’urgence cellulaire. Cette résilience, toutefois, semble se faire au détriment de sa sensibilité aux antibiotiques.
- Pseudomonas aeruginosa utilise un système de sécrétion de type VI (T6SS) pour injecter un cocktail toxique à ses adversaires bactériens.
- En cas d’attaque, la bactérie active un programme de défense qui neutralise les toxines et répare les dommages cellulaires.
- Cette capacité de résistance aux attaques bactériennes est liée à une diminution de sa sensibilité aux antibiotiques.
Dans l’univers microscopique des bactéries, la compétition pour l’espace et les ressources est féroce. Pour prendre le dessus, certaines espèces ont développé des mécanismes d’attaque sophistiqués, comme un véritable « harpon moléculaire ». Pseudomonas aeruginosa, une bactérie commune dans l’environnement, est également un pathogène opportuniste redouté dans les hôpitaux, où elle peut provoquer des infections graves, notamment chez les patients immunodéprimés.
Cette bactérie peut coexister pacifiquement avec d’autres micro-organismes. Mais lorsqu’elle est attaquée par une autre bactérie munie d’un système de sécrétion de type VI (T6SS), elle riposte en quelques secondes. Le T6SS agit comme une seringue microscopique, injectant dans la cellule adverse un mélange de protéines toxiques. Ces toxines ciblent des éléments essentiels de la bactérie attaquée, endommageant sa membrane cellulaire, détruisant sa paroi protectrice, voire décomposant son matériel génétique.
L’équipe du Professeur Marek Basler, au Biozentrum de l’Université de Bâle, s’est interrogée sur la manière dont Pseudomonas aeruginosa pouvait survivre à une telle attaque, surtout après avoir elle-même été la cible d’une injection empoisonnée. Leurs travaux, publiés dans la revue Nature Communications, révèlent un mécanisme de défense surprenant.
Selon Alejandro Tejada-Arranz, auteur principal de l’étude,
« Ces protéines toxiques ciblent généralement de nombreux processus vitaux et structures cellulaires. Cependant, Pseudomonas possède des antidotes qui rendent le mélange toxique inoffensif. »
Après une attaque, la bactérie parvient donc à neutraliser le poison et à contre-attaquer.
Les bactéries sont généralement immunisées contre les toxines produites par leurs proches parents. Mais face à une attaque du T6SS par une bactérie étrangère, Pseudomonas aeruginosa active un programme d’urgence qui déclenche une cascade de mesures protectrices.
« Des actions concertées sont en cours, toutes visant à réparer les dégâts causés et à intercepter les protéines toxiques »,
explique Tejada-Arranz. La bactérie s’appuie notamment sur une protéine membranaire qui stabilise l’enveloppe cellulaire externe endommagée.
Cette résilience a cependant un coût. Les chercheurs ont constaté que les bactéries les plus aptes à se défendre contre les attaques bactériennes sont également moins sensibles aux antibiotiques.
« Nous pensions au départ que les bactéries, qui savent si bien se défendre, seraient également moins sensibles aux antibiotiques »,
confie Marek Basler.
« Étonnamment, leur résilience se fait au détriment de leur résistance aux antibiotiques. Les bactéries doivent évidemment faire des compromis et ne peuvent pas se protéger contre tous les dangers en même temps. »
Dans une communauté bactérienne, il existe donc une diversité de stratégies de survie. Certaines bactéries sont mieux protégées contre les attaques du T6SS, d’autres contre les antibiotiques. L’étude suggère que Pseudomonas aeruginosa possède toute une panoplie de mécanismes de défense différents. Les chercheurs s’interrogent désormais sur le rôle de ces stratégies dans les infections humaines et sur leurs implications pour les thérapies antibiotiques.
Source : Université de Bâle
Publication originale : Alejandro Tejada-Arranz et al. ; Mechanisms of resistance of Pseudomonas aeruginosa to type VI secretion system attacks ; Nature Communications, novembre 2025, DOI : 10.1038/s41467-025-65777-x
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