Publié le 12 novembre 2025 à 13h56. Les prévisions des grandes banques d’investissement concernant le prix de l’or suscitent l’attention des marchés, mais reposent sur des modèles économiques complexes qui analysent en profondeur l’influence de la politique monétaire, la demande physique et les tensions géopolitiques.
- Les analystes financiers accordent une importance primordiale à la politique de la Réserve fédérale américaine (Fed) dans leurs estimations du cours de l’or.
- Au-delà des chiffres affichés en bourse, les banques suivent de près les flux physiques d’or, notamment les achats des banques centrales et la demande de bijoux.
- Une « prime de risque » est intégrée aux modèles pour anticiper l’impact des crises et des incertitudes géopolitiques sur l’attrait de l’or comme valeur refuge.
Lorsque JPMorgan annonce un objectif de prix de 4 500 dollars l’once (environ 3 670 euros), le marché réagit. Mais comment ces géants de la finance parviennent-ils à ces chiffres ? L’explication est loin d’être intuitive. Ces prévisions ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une analyse rigoureuse basée sur des modèles économiques sophistiqués qui prennent en compte plusieurs facteurs clés.
Le premier et le plus déterminant est la relation complexe entre l’or et la politique monétaire de la Fed. En réalité, selon les analystes, jusqu’à 70 % de l’analyse de l’or par JPMorgan est consacrée à l’étude des décisions de la banque centrale américaine.
Deux scénarios principaux se dessinent. Si la Fed devait relever ses taux d’intérêt (ou les maintenir à un niveau élevé), le dollar se renforcerait et les rendements obligataires augmenteraient. Dans ce contexte, détenir de l’or, qui ne génère pas de revenus, deviendrait moins attractif. La banque abaisserait alors ses prévisions de prix. À l’inverse, si la Fed était contrainte de baisser ses taux, comme le suggèrent certains observateurs suite aux récentes turbulences politiques, le dollar s’affaiblirait et les rendements obligataires diminueraient. L’or redeviendrait alors un investissement de choix, incitant la banque à relever son objectif de prix.
Cependant, l’analyse ne s’arrête pas là. Les grandes banques ne se contentent pas de suivre les fluctuations boursières. Elles scrutent également les flux physiques d’or, un aspect souvent négligé par les analystes indépendants. Les achats des banques centrales, en particulier celles de Chine et de Turquie, sont un indicateur crucial. Goldman Sachs a été l’une des premières à souligner que ces achats avaient créé un « plancher solide » pour le prix de l’or, l’empêchant de s’effondrer. Ces banques ont accès à ces données avant qu’elles ne soient rendues publiques.
La demande de bijoux, notamment lors des fêtes traditionnelles en Inde (Diwali) et du Nouvel An chinois, est également un facteur stratégique à long terme. Les analystes d’UBS surveillent attentivement ces périodes pour évaluer l’impact de la demande d’« or physique » sur le marché.
Enfin, les banques intègrent une « prime de risque » à leurs modèles pour tenir compte des événements imprévisibles. En période de crise (comme la récente fermeture du gouvernement ou les tensions géopolitiques), les investisseurs se tournent vers l’or comme une assurance. Les banques tentent d’évaluer l’impact de cette peur sur le prix de l’once. Dans quelle mesure les tensions au Moyen-Orient ou la crise de la dette américaine pourraient-elles faire grimper le cours de l’or ?
Cette évaluation est la partie la plus subjective de l’analyse, mais elle est essentielle.
Ainsi, lorsque vous lisez un rapport de JPMorgan prévoyant un prix de l’or à 4 500 dollars, ne vous focalisez pas uniquement sur le chiffre. Le véritable intérêt réside dans la compréhension des raisons qui sous-tendent cette prévision. Repose-t-elle sur l’anticipation de baisses de taux de la Fed ? Sur la poursuite des achats des banques centrales ? En remettant en question les hypothèses de ces banques, vous pouvez élaborer votre propre stratégie d’investissement.
La question à se poser est donc la suivante : sur la base de ces trois facteurs – la politique de la Fed, la demande physique et le risque géopolitique – quel élément les grandes banques devraient-elles considérer comme le plus susceptible d’influencer le prix de l’or à l’avenir ?
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