Publié le 31 octobre 2024. Après des années de déclin, la cigarette fait un retour remarqué sur les écrans de cinéma et de télévision, suscitant des inquiétudes quant à l’influence de ces images sur les jeunes générations.
- Plus de la moitié des films sortis en 2024 présentent des scènes de tabagisme, une augmentation significative par rapport aux années précédentes.
- Cette résurgence du tabac dans les médias est observée au cinéma, dans les séries télévisées et même dans l’industrie musicale.
- Des études montrent que l’exposition au tabagisme à l’écran peut doubler les risques de commencer à fumer, particulièrement chez les adolescents et jeunes adultes.
Le 7e art semble oublier les campagnes antitabac des dernières décennies. En 2024, 51 % des films diffusés en salles contenaient des représentations de tabagisme, selon un rapport de l’association américaine Truth Initiative, contre 41 % en 2023 et seulement 24 % en 2022. Ce retour en force s’observe également dans les séries populaires, comme Euphorie, Les Simpsons ou Peaky Blinders.
Ce phénomène n’est pas sans rappeler l’engouement passé pour la cigarette, souvent associée à un certain glamour ou à une image de rébellion. L’exemple de Cillian Murphy, l’acteur principal du film Oppenheimer, est frappant : il a utilisé quelque 3 000 cigarettes factices pendant le tournage pour incarner son personnage, un physicien connu pour sa consommation de tabac.
Cette tendance inquiète les associations de lutte contre le tabac, qui rappellent les dangers bien connus de la consommation de nicotine. Le tabac reste la première cause de décès évitable en France, responsable de 75 000 morts chaque année. Un cancer sur trois est lié au tabagisme, notamment le cancer du poumon, dont 80 à 90 % des cas sont attribuables à la cigarette.
La politique n’est pas non plus épargnée par cette fascination pour le tabac. L’ancien président américain Barack Obama a souvent été critiqué pour ses difficultés à arrêter de fumer, tandis que des célébrités comme Sean Penn ont suscité la controverse en s’affichant en train de fumer en public.
Parallèlement, de nouvelles formes de consommation de nicotine, telles que les cigarettes électroniques et les sachets de nicotine, se popularisent, notamment auprès des jeunes. Ces produits sont souvent présentés comme moins nocifs, mais leur impact sur la santé reste encore mal connu.
Malgré une diminution du nombre de fumeurs quotidiens – 18 % des 18-75 ans en 2024 contre 25 % il y a trois ans – les écrans contribuent à redorer le blason du tabac. Une étude de l’Alliance contre le tabac a révélé que 80 % des films nommés pour l’Oscar du meilleur film cette année contenaient des scènes de tabagisme. La Palme d’or 2024, Anora, en présente pendant 14 minutes, tandis que L’Amour ouf en compte 11.
Le phénomène s’étend même aux réseaux sociaux, où certains influenceurs gagnent en popularité en partageant des photos de célébrités en train de fumer. Jared Oviatt, à l’origine du compte Instagram @cigfluencers, a lancé cette initiative après avoir aperçu une photo de la chanteuse Dua Lipa en train de fumer, et compte déjà plus de 85 500 abonnés.
Les conséquences de cette exposition au tabagisme à l’écran sont particulièrement préoccupantes pour les jeunes. Selon les estimations, le tabagisme dans les films double les risques de commencer à fumer. 48 % des 15-25 ans interrogés estiment que les films et les séries valorisent l’acte de fumer, et plus de 60 % considèrent que ces images les incitent à essayer. Les anciens fumeurs ne sont pas non plus immunisés : 72 % d’entre eux affirment que ces scènes ravivent leur envie de cigarette.
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