Les prévisions économiques pour 2026 se dessinent dans un flou persistant, mais une chose est sûre : la politique, et notamment les décisions prises aux États-Unis, pourrait bien bouleverser les équations établies. Alors que les économistes anticipent une croissance modérée, l’ombre d’un éventuel retour de Donald Trump à la Maison Blanche plane, avec la possibilité de mesures économiques audacieuses et potentiellement inflationnistes.
Le consensus actuel prévoit une croissance américaine soutenue par l’intelligence artificielle et la consommation des ménages aisés. L’Europe, quant à elle, semble stable, portée par les plans de relance allemands. Les banques centrales évoluent également : la Réserve fédérale américaine (Fed) se rapproche de la neutralité, bien que peut-être à un rythme plus lent, tandis que la Banque centrale européenne (BCE) y est déjà et devrait maintenir ses taux inchangés jusqu’en 2026.
Cependant, ce scénario pourrait être rapidement remis en question. Un retour de Donald Trump à la présidence pourrait entraîner l’adoption de chèques de relance de 2 000 dollars (environ 1 850 euros) pour 150 millions d’Américains, représentant un stimulus budgétaire de 1 % du PIB. Combiné à une réduction des droits de douane sur certains produits, cela pourrait stimuler la croissance via les ménages à faible revenu, mais aussi alimenter l’inflation en raison des contraintes d’approvisionnement.
Une telle politique, conjuguée à l’expansion budgétaire de l’Allemagne et à d’éventuelles nouvelles mesures de relance en Chine, pourrait séduire les marchés boursiers, du moins à court terme. Les obligations et le dollar, en revanche, pourraient souffrir, en particulier si les taux réels finissent par baisser, voire devenir négatifs.
Bien que ce ne soit pas le scénario le plus probable, les économistes soulignent que la politique budgétaire jouera un rôle crucial l’année prochaine, notamment dans le contexte du débat actuel sur la réforme fiscale américaine. Des réductions d’impôts pour les ménages et des incitations à l’investissement pourraient stimuler la croissance, mais leur impact sur l’inflation reste incertain. Les prévisions actuelles suggèrent que l’inflation devrait diminuer en 2025, tant dans la zone euro qu’au Royaume-Uni.
L’impact potentiel de nouvelles réductions tarifaires est également scruté. Si elles rappellent les mesures de relance de 2020-2021, elles pourraient relancer l’inflation. Cependant, James Knightley souligne que le contexte a changé : l’économie n’est plus soumise aux restrictions liées à la pandémie de Covid-19, les taux d’intérêt sont plus élevés et le coût de la vie est une préoccupation majeure pour les ménages. Il est donc possible que ces chèques soient davantage utilisés pour rembourser la dette qu’augmenter les dépenses.
La question des droits de douane reste également ouverte, notamment en attendant la décision de la Cour suprême sur leur légalité. Si la Cour les invalidait en grande partie, une reconstruction des tarifs par d’autres moyens serait possible, bien que plus complexe. Cela pourrait finalement conduire à une baisse des droits de douane, ce qui constituerait un risque à la hausse pour l’économie.
Par ailleurs, les contraintes d’approvisionnement et l’évolution de l’intelligence artificielle sont également à surveiller. Si l’IA pourrait potentiellement réduire l’inflation en supprimant des emplois et en augmentant la productivité, les investissements massifs et la pression sur les réseaux électriques pourraient avoir un effet inverse à court terme.
Enfin, le choix du prochain président de la Fed pourrait influencer la politique monétaire. Les marchés parient sur Kevin Hassett, un conseiller de Trump favorable à des baisses de taux plus rapides. Cependant, les décisions récentes montrent que les personnes nommées par Trump sont moins sensibles aux pressions politiques que certains le craignaient.
En dehors des États-Unis, une relance budgétaire majeure semble peu probable, en particulier en Europe. Au Royaume-Uni, les révisions à la baisse des prévisions économiques rendent inévitables des hausses d’impôts dans le budget de mercredi, estimées à 15 milliards de livres sterling (environ 17,5 milliards d’euros) par an.
Pour aller plus loin
