Publié le 21 décembre 2025 17h47. Une concentration militaire américaine sans précédent dans les Caraïbes, comparable à celle observée lors de l’invasion du Panama en 1989, témoigne de la montée des tensions avec le Venezuela et ravive les souvenirs d’une intervention américaine controversée.
- Le déploiement naval américain actuel dans les Caraïbes est le plus important depuis l’opération « Just Cause » qui a mené au renversement de Manuel Noriega au Panama.
- Washington accuse le président vénézuélien Nicolás Maduro d’être impliqué dans le trafic de drogue, à l’instar des accusations portées contre Noriega il y a plus de trente ans.
- Des parallèles et des différences notables existent entre les deux situations, notamment en termes de contexte géopolitique et de nature des preuves invoquées.
La présence accrue de navires de guerre américains dans les eaux entourant le Venezuela rappelle une époque où l’interventionnisme américain en Amérique latine était plus fréquent. Le déploiement actuel, qui inclut l’USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions du monde, est comparable en ampleur à celui qui a précédé l’invasion du Panama en décembre 1989.
Le 16 décembre 1989, le lieutenant Robert Paz, de la Marine américaine, se rendait à un dîner à Panama City lorsqu’il a été pris dans une fusillade impliquant des forces panaméennes. Sa mort, quatre jours avant l’invasion, a servi de catalyseur à l’opération « Just Cause », qui visait à destituer le général Manuel Noriega, accusé de trafic de drogue.
L’opération, qui a mobilisé environ 30 000 soldats américains, a abouti à la capture de Noriega, qui a ensuite été extradé aux États-Unis pour y être jugé. L’ONU estime qu’environ 500 civils panaméens ont péri lors de l’invasion, un chiffre contesté par Washington, qui avance un bilan plus faible, tandis que les critiques estiment le nombre de victimes beaucoup plus élevé.
Aujourd’hui, les tensions entre les États-Unis et le Venezuela sont alimentées par des accusations similaires de trafic de drogue à l’encontre du président Nicolás Maduro. L’administration Trump affirme que Maduro dirige le « Cartel des Soleils », un groupe impliqué dans le trafic de cocaïne. Cependant, de nombreux analystes remettent en question l’existence d’un cartel structuré, suggérant plutôt une alliance informelle de fonctionnaires corrompus.
Maduro et son administration nient catégoriquement l’existence de ce cartel, dénonçant une « invention impérialiste » destinée à justifier une intervention américaine. Diosdado Cabello, puissant ministre de l’Intérieur vénézuélien, a déclaré : « Soudain, ils ont dépoussiéré ce qu’ils appellent le Cartel des Soleils, qu’ils n’ont jamais pu vérifier car il n’existe pas. C’est une invention impérialiste. »
Des membres de la famille de Maduro ont déjà été impliqués dans des affaires de trafic de drogue. En 2015, deux de ses neveux politiques ont été arrêtés en Haïti lors d’une opération de la Drug Enforcement Administration (DEA) des États-Unis, accusés de tenter de faire passer 800 kg de cocaïne aux États-Unis. Ils ont été surnommés les « narco-neveux » et ont passé plusieurs années en prison américaine avant d’être renvoyés au Venezuela en 2022 dans le cadre d’un échange de prisonniers.
L’administration Trump a imposé de nouvelles sanctions contre ces neveux, ainsi que contre un troisième, Carlos Erik Malpica Flores. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré : « Nicolas Maduro et ses complices criminels au Venezuela inondent les États-Unis de drogues qui empoisonnent le peuple américain. »
Les récentes actions de Washington, notamment des attaques contre des navires soupçonnés de transporter de la drogue, ont suscité la controverse. Le Pentagone affirme que ces navires étaient des cibles légitimes, mais des doutes subsistent quant à la légalité de ces opérations, en particulier après une deuxième attaque qui a coûté la vie à des survivants de la première. La Maison Blanche insiste sur le fait que ces actions ont été menées « conformément au droit des conflits armés », mais refuse de rendre publiques les preuves vidéo de ces incidents.
La situation reste tendue, avec la saisie par les États-Unis d’un pétrolier vénézuélien rempli de pétrole brut ajoutant à la pression. Donald Trump a laissé entendre qu’une fois que les États-Unis auront contrôlé l’espace aérien et maritime autour du Venezuela, ils pourraient s’emparer du contrôle terrestre. Malgré ces tensions, certains espèrent encore une solution négociée, bien qu’il soit difficile d’imaginer un compromis acceptable pour les deux parties.
L’histoire du Panama rappelle que même un conflit moins conventionnel que l’invasion de 1989 peut dégénérer rapidement, comme l’a démontré la mort du lieutenant Robert Paz, et conduire à des conséquences imprévisibles.
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