Publié le 14 octobre 2025 20:54:00. Des recherches récentes mettent en lumière un facteur insoupçonné dans la prolifération des microplastiques : la chaleur. De la simple tasse de café à la lessive, nos activités quotidiennes pourraient libérer des milliards de particules plastiques invisibles à l’œil nu.
- L’exposition à la chaleur favorise la libération de micro et nanoplastiques dans l’environnement et les aliments.
- Les boissons chaudes, comme le thé et le café, contiennent des quantités significativement plus élevées de microplastiques que leurs versions froides.
- Le chauffage des contenants en plastique, notamment au micro-ondes, accélère la dégradation et la libération de nanoplastiques.
L’omniprésence des microplastiques (microplastiques) est une source de préoccupation croissante. Ces minuscules particules, issues de la décomposition de matières plastiques, se retrouvent désormais partout : dans l’air, l’eau, les aliments, et même dans le corps humain. Si l’on connaissait déjà les sources liées à l’usure des textiles ou à la fragmentation des déchets, une nouvelle étude révèle que la chaleur joue un rôle bien plus important qu’on ne le pensait dans leur formation et leur dissémination.
« La chaleur joue probablement le rôle le plus crucial dans la génération de ces micro et nanoplastiques », explique Kazi Albab Hussain, chercheur postdoctoral à l’Université du Nebraska-Lincoln. Une simple action comme verser du café chaud dans une tasse en mousse plastique peut entraîner le détachement de particules de plastique qui se retrouvent directement dans la boisson. De même, l’infusion du thé libère des millions de microplastiques provenant des sachets, tandis que le lavage des vêtements synthétiques à haute température favorise leur décomposition et leur rejet dans les eaux usées.
Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université de Birmingham, en Angleterre, a analysé 31 boissons différentes disponibles sur le marché britannique, allant des jus de fruits aux boissons gazeuses, en passant par le café et le thé. Les résultats sont alarmants : toutes les boissons contenaient des microplastiques, mais les boissons chaudes en présentaient des concentrations bien plus élevées. Le thé chaud, par exemple, en contenait en moyenne 60 particules par litre, contre 31 pour le thé glacé. Le café chaud affichait 43 particules par litre, comparé à environ 37 pour le café glacé.

Mohamed Abdallah, professeur de géographie et de contaminants émergents à l’université de Birmingham et co-auteur de l’étude, précise que ces particules proviennent de diverses sources : « le couvercle en plastique d’une tasse à emporter, les fragments de plastique qui tapissent un sachet de thé… » Mais l’ajout d’eau chaude accélère considérablement leur libération. « La chaleur facilite la lixiviation des microplastiques des matériaux d’emballage », explique-t-il. Cet effet est d’autant plus marqué que le plastique est ancien et dégradé.
Une cafetière domestique de huit ans, comportant des éléments en plastique, libérait ainsi deux fois plus de microplastiques dans le café que le même appareil neuf, âgé de seulement six mois. L’étude s’est concentrée sur les microplastiques de moins de 10 micromètres (environ un cinquième de l’épaisseur d’un cheveu humain), mais d’autres recherches confirment ces résultats, même avec des nanoplastiques encore plus petits, inférieurs à 1 micromètre de diamètre.
Des scientifiques de l’Université du Nebraska ont également analysé des petits pots et récipients en plastique utilisés pour conserver les aliments pour bébés. Ils ont constaté que ces contenants pouvaient libérer plus de 2 milliards de nanoplastiques par centimètre carré lorsqu’ils étaient chauffés au micro-ondes, une quantité bien supérieure à celle observée à température ambiante ou au réfrigérateur.

La chaleur, selon Kazi Albab Hussain, est particulièrement néfaste pour le plastique, en particulier celui utilisé pour l’emballage alimentaire. Tous les plastiques ne possèdent pas une structure polymérique parfaite : des défauts, des agglomérats et des irrégularités peuvent exister, et l’exposition à la chaleur provoque la rupture de ces polymères en fragments plus petits.
« La chaleur peut en fait faire vibrer la chaîne, entraînant la dégradation des polymères », précise Hussain. Si les effets précis de l’ingestion et de l’accumulation de microplastiques sur la santé humaine restent encore à déterminer, des études préliminaires sont préoccupantes. Des souris exposées à de fortes concentrations de microplastiques ont présenté des signes de maladie d’Alzheimer et de démence. La présence de microplastiques et de nanoplastiques dans une artère clé a été associée à un risque accru d’accident vasculaire cérébral, de maladies cardiaques et de décès. De plus, ces particules peuvent contenir des produits chimiques plastiques potentiellement nocifs, liés à des troubles du développement chez les enfants et à des problèmes de fertilité.
Dans le contexte actuel, éliminer complètement le plastique de notre quotidien semble illusoire. Cependant, les chercheurs qui étudient les microplastiques insistent sur le fait que limiter l’exposition du plastique à la chaleur est une mesure simple et efficace pour réduire considérablement notre exposition. Kazi Albab Hussain, père de jeunes enfants, a cessé d’utiliser des contenants en plastique au micro-ondes et évite de verser des boissons chaudes dans des récipients en plastique. « Nous essayons d’éviter toute forme d’exposition à la chaleur », conclut-il.
*The Washington Post, 2025
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