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Comment Trump a-t-il forcé Netanyahu à reculer ?

by Clara Dubois

Publié le 15 octobre 2025 à 13h04. L’accord de cessez-le-feu à Gaza, négocié sous l’égide de l’Égypte, du Qatar, de la Turquie et des États-Unis, révèle bien plus qu’un simple arrêt des hostilités : il témoigne d’un affaiblissement stratégique d’Israël et d’une pression américaine inédite sur le gouvernement Netanyahu.

  • L’accord prévoit l’échange de 2 000 prisonniers palestiniens, dont des figures emblématiques comme Marwan Barghouti, contre 20 prisonniers israéliens.
  • La deuxième administration Trump a joué un rôle déterminant dans l’obtention du cessez-le-feu, craignant les conséquences politiques et humanitaires de la poursuite du conflit.
  • Israël, confronté à un isolement diplomatique croissant, a vu son image ternie sur la scène internationale.

Deux ans après le début des combats à Gaza, l’accord de cessez-le-feu, officiellement intitulé « Accord de Charm el-Cheikh », ne représente qu’une partie de l’histoire. Derrière les clauses relatives à l’échange de prisonniers et à la suspension des opérations militaires, se cache un basculement des rapports de force et une capitulation politique imposée à Benjamin Netanyahu, selon des sources diplomatiques.

L’accord, négocié avec le parrainage américain, semble à première vue être un compromis. Il prévoit notamment l’échange de prisonniers : 20 Israéliens contre 2 000 Palestiniens, parmi lesquels figurent des personnalités influentes condamnées à perpétuité comme Marwan Barghouti, Ahmed Saadat, Abdullah Barghouti, Ibrahim Hamed et Abbas Al-Sayyed. Cette libération constitue un coup symbolique majeur, redonnant espoir au projet national palestinien, que certains tentaient de dévitaliser depuis deux décennies.

Contrairement aux attentes israéliennes, le Hamas, qui a résisté deux années de bombardements et de blocus, n’a pas été désarmé, déporté, ni remplacé par une nouvelle autorité. Il demeure la force dominante à Gaza, tandis que Netanyahu a renoncé à son objectif de « désarmer la résistance et de changer l’équation sécuritaire ».

La décision d’arrêter la guerre n’est pas uniquement le fruit d’une initiative israélienne. Des indicateurs diplomatiques concordants pointent vers une pression sans précédent exercée par l’administration Trump, qui aborde le Moyen-Orient avec une nouvelle perspective. Donald Trump, autrefois considéré comme un allié indéfectible d’Israël, a pris conscience que son soutien impliquait les États-Unis dans des crimes contre l’humanité et que les images de victimes civiles à Gaza alimentaient la contestation en Europe et aux États-Unis.

Des sources proches de la Maison Blanche évoquent de « fortes tensions » entre Trump et Netanyahu, notamment après la tentative d’assassinat de dirigeants du Hamas à Doha. Trump aurait estimé que Netanyahu « se comportait comme un dirigeant obsédé, prêt à entraîner Washington dans un bourbier permanent ». Selon des fuites de presse, il aurait déclaré sans ambages :

« Je ne veux pas être partenaire d’un holocauste. Arrêtez cette guerre maintenant. »

Donald Trump

Ce langage, bien que direct, reflète un calcul froid de la part de Trump, conscient que la poursuite du conflit menaçait son image internationale et que l’opinion publique américaine, en particulier les jeunes électeurs, considérait de plus en plus Israël comme un État d’apartheid. Des sondages Pew confirment que plus de 60 % des jeunes Américains voient Israël de manière négative. Trump, qui ambitionne de remporter le prix Nobel de la paix, ne pouvait ignorer cette réalité.

La pression américaine s’est traduite par un ultimatum : un accord à tout prix, même au détriment du prestige de Tel-Aviv. Netanyahu a d’abord résisté, avant d’être contraint d’accepter face à la menace de gel du soutien militaire et de l’arrêt des livraisons de munitions. Ainsi, la fin des combats n’est pas le résultat d’« ententes humanitaires », mais plutôt d’une « coercition politique » américaine qui a forcé Israël à reculer.

L’isolement diplomatique d’Israël est également frappant. Lors de son récent discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, Netanyahu s’est retrouvé devant une salle quasi vide, symbole d’un rejet international croissant. L’Europe, qui invoquait autrefois « le droit d’Israël à se défendre », dénonce désormais publiquement des crimes de guerre, et 28 pays occidentaux exigent la fin du génocide.

Dans les médias, le ton a changé, passant de la justification à la condamnation. Des magazines influents comme Politique et Politique étrangère décrivent Israël comme « un pays qui a perdu sa boussole morale » et un fardeau pour l’alliance occidentale. L’universitaire israélien Nimrod Goren a même affirmé : « Israël est aujourd’hui un État paria et le monde ne veut pas en entendre parler. »

Parallèlement, le Hamas, malgré les destructions massives, a réussi à imposer son récit et à gagner en légitimité morale. Son discours, perçu comme une forme de résistance face à un régime d’apartheid, trouve un écho auprès des mouvements de libération décoloniale. Israël n’a atteint aucun de ses objectifs militaires : pas de fin au régime du Hamas, pas de libération des prisonniers par la force, ni de contrôle total de la bande de Gaza. Au contraire, il a offert à son adversaire l’opportunité d’apparaître comme un « vainqueur moral », une perspective que Tel-Aviv redoute plus que toute défaite militaire.

L’accord, dont les détails restent à dévoiler, marque un tournant dans l’équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient. Le prestige de l’occupation a été brisé, sa propagande morale s’est effondrée, et la résistance palestinienne est devenue un acteur incontournable. Même si l’occupation n’est pas encore tombée, sa structure idéologique commence à s’effondrer de l’intérieur, forçant Israël à envisager un avenir au-delà de la domination.

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