La pandémie de Covid-19 a agi comme un catalyseur pour une transformation profonde du secteur de la santé, accélérant l’adoption de la télémédecine et de l’enseignement médical à distance. Ce qui était autrefois considéré comme une niche ou une solution de dernier recours est désormais en passe de devenir la norme, offrant des avantages en termes d’accessibilité, d’efficacité et de sécurité.
Le 25 mars 2020 marque un tournant en Inde, date à laquelle le ministère de la Santé a officiellement légalisé les téléconsultations. Jusqu’alors, les médecins hésitaient, craignant des implications juridiques. En mai 2019, l’ordre médical du Karnataka avait même déconseillé les consultations en ligne, les jugeant « illégales ». La pandémie a forcé une réévaluation et une légalisation de la télémédecine par le gouvernement central.
Cette légalisation a entraîné une ruée vers les plateformes de télésanté, les entreprises se disputant des parts de marché et cherchant à recruter des médecins. Les cliniques comme RXDX à Bangalore ont vu le nombre de téléconsultations décupler, passant de 10 à plus de 100 par jour pendant la pandémie. Les avantages sont évidents : les patients peuvent consulter un médecin sans risque de contamination, et les hôpitaux peuvent réduire la congestion et favoriser la distanciation sociale.
Au-delà des consultations, la téléradiologie, déjà en développement depuis plus de quinze ans, a connu une adoption massive. Initialement perçue comme une pratique nouvelle et non testée, elle est devenue une solution viable pour assurer la continuité des soins pendant les confinements. Les radiologues ont pu continuer à travailler depuis leur domicile, en Inde, aux États-Unis et dans le monde entier.
« La pandémie a été un signal d’alarme », déclarait en mars 2020 Barry Julius, un radiologue blogueur, estimant qu’elle permettrait à davantage de ses pairs de travailler à domicile et qu’elle entraînerait un « changement radical » dans la spécialité. Il prévoit désormais une généralisation de la téléradiologie, où une petite équipe de radiologues assurerait les interventions sur place, tandis que la majorité travaillerait à distance.
Cette tendance s’étend également à l’enseignement médical. Sunita Maheshwari, cardiologue pédiatre, dirige depuis 2010 un programme d’enseignement en ligne pour les étudiants en troisième cycle. Malgré les réticences initiales concernant la qualité de l’enseignement à distance, ce programme est devenu le plus ancien du genre en cardiologie pédiatrique, en partenariat avec la Société indienne de cardiologie pédiatrique. Aujourd’hui, l’enseignement médical en ligne est devenu monnaie courante.
Même les activités physiques ont migré vers le numérique. Les cours de télégym et les séances de yoga en ligne ont gagné en popularité, offrant la possibilité de s’entraîner depuis n’importe où, sans avoir à affronter les embouteillages. Des séances gratuites de physiothérapie, de remise en forme et de conseils en bien-être ont été proposées au personnel et à leurs familles.
La pandémie a donc accéléré une évolution déjà en cours, transformant la manière dont les soins de santé sont dispensés et enseignés. Comme le résume Sunita Maheshwari, « un petit virus a en effet réussi à provoquer un grand changement dans la médecine ». Le futur des soins de santé sera, selon toute vraisemblance, résolument numérique.