Publié le 25 octobre 2025 05:27:00. Un tournant politique se dessine en Amérique latine avec l’élection du modéré Rodrigo Paz Pereira en Bolivie, un résultat qui s’inscrit dans un contexte régional marqué par une vague de changements idéologiques et une remise en question des régimes de gauche.
- Rodrigo Paz Pereira a remporté le second tour de l’élection présidentielle en Bolivie face à Tuto Quiroga.
- Cette victoire s’ajoute à une tendance plus large en Amérique latine et en Europe, où les forces de centre et de droite gagnent du terrain.
- Le résultat bolivien offre un espoir modéré de gouvernement guidé par la démocratie chrétienne, après une période dominée par le mouvement éviste.
L’élection de Rodrigo Paz Pereira en Bolivie confirme une tendance observée à l’échelle mondiale : un va-et-vient idéologique qui voit les gouvernements de gauche céder du terrain aux forces de droite et de centre-droit. Ce phénomène, qui s’étend de l’Amérique latine à l’Europe et même à l’Asie, témoigne d’une mutation profonde des équilibres politiques.
En Argentine, Javier Milei revendique ouvertement son positionnement à l’extrême droite, notamment sur le plan économique avec une orientation ultralibérale. Dans d’autres pays du continent, comme l’Équateur, le Pérou, le Paraguay et la Guyane, des régimes de centre et de droite sont déjà aux commandes, tandis que le Panama, le Costa Rica et la Barbade évoluent vers des positions plus modérées.
L’Europe n’échappe pas à cette dynamique. Le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et les Pays-Bas ont vu la gauche démocratique renoncer au pouvoir. Au Japon, Sanae Takaichi, du Parti libéral-démocrate (centre), est devenue la première femme à occuper la fonction de Première ministre. L’extrême droite, quant à elle, s’est solidement implantée en Hongrie et en Pologne, et pourrait bien triompher aux prochaines élections en France.
Le cas de la Bolivie est particulièrement significatif. La victoire de Paz Pereira, candidat d’une coalition inspirée par la démocratie chrétienne, met fin à une période de domination du Movimiento al Socialismo (MAS), le parti de l’ancien président Evo Morales. Le fils de Jaime Paz Zamora, qui fut lui-même président de la Bolivie entre 1989 et 1993, incarne un renouveau politique modéré.
L’histoire politique bolivienne est marquée par des transitions présidentielles souvent tumultueuses. La période 2003-2020, dominée par la figure d’Evo Morales, a laissé des traces profondes. L’ascension de son dauphin, Luis Arce, et les tentatives de Morales d’exercer une tutelle sur son successeur ont finalement conduit à un affaiblissement du MAS, qui a subi une perte significative de voix lors des dernières élections de 2025. On peut espérer que l’ère du « morisme » n’est plus la seule force motrice du paysage politique bolivien, bien que l’avenir reste incertain, à l’image du kirchnérisme argentin qui refuse de s’éteindre.
L’auteur de cet article se souvient d’une rencontre fortuite avec Jaime Paz Zamora en 1984, lors d’un séjour dans le désert du Sahara. Ils partageaient le même engagement envers la République arabe sahraouie démocratique, alors en conflit avec le Maroc. L’occasion avait permis d’exprimer la solidarité du président vénézuélien de l’époque, Jaime Lusinchi, envers ce combattant de la démocratie.
Rodrigo Paz Pereira se présente également comme un fervent défenseur de la démocratie, à en juger par ses promesses de campagne et ses déclarations post-électorales. Reste à savoir si les tensions qui secouent actuellement l’Amérique latine, et la Bolivie en particulier, lui permettront de mettre en œuvre son programme de renaissance annoncé.
La Bolivie dispose de ressources minérales considérables, notamment le lithium, dont la valeur a considérablement augmenté ces dernières années. Ces ressources pourraient compenser la baisse des exportations de pétrole et de gaz, qui sont en forte diminution. La clé du succès résidera dans une gestion avisée, en s’inspirant éventuellement des expériences de Rafael Ramírez et Tareck el Aissami.
Evo Morales et Nicolás Maduro ne manqueront pas de tenter de déstabiliser le nouveau gouvernement, mais le contexte est différent et les moyens dont ils disposent sont limités. Il appartiendra à Paz Pereira de réfléchir aux enjeux soulevés par le Forum de Sao Paulo, la révolution bolivarienne, le socialisme du XXIe siècle et la « Grande Patrie » (Kirchner), afin de déterminer la voie la plus appropriée pour son pays. Il devra également tenir compte de l’activisme persistant d’Evo Morales et de son impact sur la situation sociale.
L’attention se portera également sur l’élection présidentielle chilienne du 16 novembre, où l’extrême droite, incarnée par José Antonio Kast, pourrait remporter la victoire. Au Mexique, Claudia Sheinbaum a déjà confirmé sa volonté de poursuivre la politique populiste de son prédécesseur, Andrés López Obrador, sans que l’on puisse s’attendre à des résultats différents. Enfin, au Venezuela, l’espoir renaît avec l’éventuelle prise de fonction d’Edmundo González Urrutia et le rétablissement de María Corina Machado dans son rôle de leader du processus politique.
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