Home AffairesConvoqué par la justice, le président de la Réserve fédérale accuse Trump de le harceler pour baisser les taux d’intérêt

Convoqué par la justice, le président de la Réserve fédérale accuse Trump de le harceler pour baisser les taux d’intérêt

by Amélie Bernard

Publié le 12 janvier 2026 10:23:00. Une escalade inédite dans les tensions entre la Maison Blanche et la Réserve fédérale américaine : son président, Jérôme Powell, a révélé dimanche être visé par une assignation à comparaître du ministère de la Justice, une menace de poursuites judiciaires liée à des témoignages sur des travaux de rénovation.

  • Jérôme Powell affirme que cette assignation est une tentative de saper l’indépendance de la Fed dans sa politique monétaire.
  • L’affaire découle de divergences sur le coût d’une rénovation de 2,5 milliards de dollars de deux immeubles de la banque centrale.
  • Les marchés financiers anticipent des turbulences lundi, avec un risque de hausse des taux d’emprunt.

La Réserve fédérale américaine (Fed) se retrouve au cœur d’une tempête politique. Son président, Jérôme Powell, a annoncé dimanche avoir reçu une assignation à comparaître du ministère de la Justice. Cette convocation, qui pourrait déboucher sur des poursuites judiciaires, est liée à ses déclarations concernant les travaux de rénovation de deux bâtiments de la banque centrale, un projet dont le coût de 2,5 milliards de dollars (environ 2,3 milliards d’euros) a été vivement critiqué par l’administration Trump.

Dans une déclaration vidéo diffusée dimanche, M. Powell a dénoncé une tentative de déstabilisation de l’institution. Il a affirmé que la menace de poursuites pénales n’était qu’un « prétexte » pour remettre en question l’indépendance de la Fed dans la fixation des taux d’intérêt.

« La menace de poursuites pénales est une conséquence du fait que la Réserve fédérale fixe les taux d’intérêt sur la base de notre meilleure évaluation de ce qui est dans le meilleur intérêt de la population, au lieu de suivre les préférences du président. Il s’agit de savoir si la Fed sera en mesure de continuer à fixer les taux d’intérêt sur la base de données probantes et des conditions économiques, ou si la politique monétaire sera dirigée par des pressions politiques ou des intimidations. »

Jérôme Powell, président de la Réserve fédérale

Cette offensive contre la Fed intervient dans un contexte de tensions persistantes avec l’administration Trump. Le président américain a régulièrement critiqué la banque centrale pour ne pas avoir abaissé les taux d’intérêt aussi rapidement qu’il l’aurait souhaité. Il a également nommé M. Powell à la tête de la Fed en 2017, mais les relations se sont détériorées par la suite.

Les marchés financiers s’attendent à une réaction négative lundi. Krishna Guha, analyste chez Evercore ISI, prévoit une baisse du dollar, des obligations et des actions, comparable à celle observée en avril dernier lors d’une précédente escalade des tensions. Evercore ISI anticipe également une possible hausse des coûts d’emprunt, notamment pour les crédits immobiliers.

L’administration Trump a tenté de minimiser l’affaire. Dans une brève interview à NBC News, Donald Trump a affirmé ne pas être au courant de l’enquête et a nié toute volonté de faire pression sur M. Powell.

Par ailleurs, le mandat de M. Powell en tant que président de la Fed expire en mai. Des sources au sein de l’administration indiquent que le président pourrait annoncer un potentiel successeur ce mois-ci. L’administration Trump a également contesté la nomination de Lisa Cook, gouverneure de la Fed, et une action en justice est en cours pour déterminer si elle peut conserver son poste. La Cour suprême doit se prononcer sur cette affaire le 21 janvier.

Le ministère de la Justice a indiqué dans un communiqué qu’il ne pouvait commenter les cas individuels, mais a précisé que la procureure générale Pam Bondi avait demandé à ses procureurs d’enquêter en priorité sur tout abus des fonds publics.

Cette assignation à comparaître place M. Powell parmi les derniers opposants perçus du président à être visés par une enquête criminelle du ministère de la Justice, marquant une rupture avec les pratiques traditionnelles d’indépendance du pouvoir judiciaire.

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