La récente correction boursière a agi comme un réveil pour les investisseurs les plus confiants. Cette confiance, alimentée par une longue période de hausse, les discours sur l’absence d’alternatives et l’idée que « cette fois, c’est différent », s’est révélée fragile. Les marchés haussiers spéculatifs suivent souvent ce schéma, mais une prise de conscience des risques sous-jacents reste essentielle.
Les valorisations semblent déconnectées de la réalité, les écarts de crédit sont au plus bas et l’optimisme ambiant atteint des niveaux extrêmes. C’est pourquoi, même si l’on est perçu comme prudent, il est crucial de mettre en place des stratégies de gestion des risques. L’objectif n’est pas d’adopter une posture purement baissière, mais de penser comme un ours pour anticiper les vulnérabilités de cette course haussière, tout en conservant la capacité d’agir comme un taureau pour profiter des opportunités tant qu’elles se présentent.
Maîtriser cet équilibre est un défi. Penser comme un ours implique de reconnaître l’euphorie actuelle, les valorisations tendues et l’étroitesse des spreads de crédit. L’endettement sur marge atteint également des niveaux préoccupants, susceptibles d’amplifier une éventuelle correction. Les bulles spéculatives finissent toujours par éclater, et ces ruptures sont souvent douloureuses. Il est donc logique pour un investisseur de chercher à protéger son capital, mais une approche exclusivement baissière peut s’avérer contre-productive dans un marché aussi spéculatif.
La clé réside dans une réflexion baissière combinée à un biais haussier. Cela signifie investir de manière sélective, saisir les opportunités offertes par la dynamique du marché, tout en maintenant une discipline rigoureuse en matière de prises de bénéfices et de limitation des pertes. Il s’agit de percevoir les signaux d’alerte sans céder à la panique.
Howard Marks, un investisseur réputé, souligne que la psychologie joue un rôle déterminant dans les bulles spéculatives. Les prix se détachent de la réalité alors que les investisseurs se laissent emporter par des récits séduisants. Durant ces périodes, la notion de « valeur » passe au second plan, tandis que le momentum devient la force motrice. Les bulles déplacent le centre de gravité de la valeur intrinsèque vers un optimisme généralisé. Penser comme un ours ne consiste donc pas à vendre à découvert tous les titres surévalués, mais à structurer son portefeuille pour survivre à l’inévitable retournement.
Concilier ces deux mentalités est complexe. Si l’analyse fondamentale peut fournir un cadre de référence à long terme, les indicateurs techniques, tels que la force relative et les croisements de moyennes mobiles, peuvent aider à naviguer dans des eaux potentiellement troubles. Un investisseur avisé combine l’analyse rigoureuse avec son intuition.
Dans des conditions normales, les mesures de valorisation sont un indicateur fiable de performance. On achète des actifs sous-évalués (faible ratio cours/ventes, rendement des flux de trésorerie disponible élevé, ROE élevé) et on attend un retour à la moyenne. Mais dans une bulle spéculative, ces règles sont souvent transgressées. Les investisseurs recherchent la volatilité et les bilans fragiles, car le risque de perte perçu est faible, même s’il ne l’est pas réellement.
C’est précisément ce qui se produit lors des crises de marché. La foule, aveuglée par l’enthousiasme, ignore les avertissements et pousse les prix au-delà de leur juste valeur. Ce phénomène est connu sous le nom d’« expansion de la valorisation ». Les valorisations, à court terme, reflètent le sentiment des investisseurs, comme le montre la corrélation entre les anticipations de hausse des prix et les valorisations futures.
Warren Buffett a souligné que, dans les périodes de spéculation, le marché fonctionne d’abord comme une machine à voter (popularité), puis comme une balance (valeur intrinsèque). Le prix peut dépasser la valeur pendant de longues périodes avant de finalement revenir à la réalité. Parier trop tôt sur cette convergence est risqué, car, comme l’a souligné John Maynard Keynes : « Le marché peut rester irrationnel plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable. »
Comme l’a illustré l’exemple de la bulle internet, il est possible d’avoir raison trop tôt. Les investisseurs qui avaient anticipé l’éclatement de la bulle ont souvent subi des pertes importantes, car ils étaient en avance sur leur temps. La même prudence s’applique aujourd’hui, notamment en ce qui concerne l’intelligence artificielle. Il est probable qu’une bulle se forme, mais il est encore trop tôt pour en prédire l’éclatement. Pendant la phase d’« inflation » de la bulle, il y a encore de l’argent à gagner, mais le cycle finira par se terminer.
Combattre les mouvements paraboliques est donc problématique. Peter Lynch a observé que les investisseurs qui tentent d’anticiper les corrections subissent souvent des pertes plus importantes que les corrections elles-mêmes. Il est donc préférable d’adapter sa stratégie pour permettre au pessimisme de contrôler les risques, tout en restant suffisamment haussier pour profiter de la dynamique du marché.
Un piège courant réside dans la corrélation. Les actifs historiquement non corrélés ont tendance à évoluer à l’unisson dans les environnements spéculatifs, car les investisseurs recherchent la prochaine opportunité. Les grandes capitalisations, les actions à forte volatilité, les marchés émergents, les marchés internationaux et le Bitcoin sont tous recherchés. Chacun a son propre récit, mais la ferveur spéculative pousse les prix à la hausse. Dans ce contexte, la diversification traditionnelle peut s’avérer inefficace. La clé réside dans le choix des actifs porteurs de momentum et dans la capacité à les quitter avant qu’ils ne deviennent toxiques.
Il est important de noter que les marchés ne s’effondrent pas du jour au lendemain. Une forte baisse initiale signale généralement un changement de dynamique. Personne ne peut prédire avec certitude ce qui déclenchera ce changement, mais il entraînera une réévaluation des estimations de bénéfices. Si ces estimations diminuent, le marché sera réévalué à la baisse.
En conclusion, les signaux de valorisation sont essentiels, mais ils ne suffisent pas. Il est nécessaire de définir des objectifs dynamiques, des seuils de risque et des règles pour adapter son exposition et sortir lorsque les conditions changent. Cette approche permet d’augmenter ses chances de succès dans un marché spéculatif.
Pour gérer les risques et l’exposition pendant une manie, il est conseillé d’établir des règles de rupture de tendance, d’adapter son exposition progressivement, d’utiliser des zones d’arrêt dynamiques, de diversifier son portefeuille en fonction du risque, de surveiller les signaux externes et de passer progressivement à une posture défensive. Il est également essentiel de conserver une certaine flexibilité et d’accepter l’incertitude.
Cette approche hybride n’est pas infaillible. Elle présente des avantages et des inconvénients, mais elle est plus durable qu’une stratégie purement basée sur la valeur ou le momentum. Elle permet de profiter des gains offerts par un marché spéculatif tout en se protégeant contre l’inévitable retournement.
Dans l’environnement actuel, où le risque est élevé, il est judicieux de « penser comme un ours, mais d’investir comme un taureau ». Comme Howard Marks l’a écrit : « En période de forte chaleur, les rares personnes qui se souviennent du passé sont considérées comme des reliques de l’ancien, incapables d’imaginer le nouveau. Mais il s’avère invariablement qu’il n’y a rien de nouveau en termes de comportement des investisseurs. »
Il n’y a que quelques moments dans l’histoire où le marché a été aussi suracheté et étendu qu’il l’est actuellement. Les investisseurs doivent apprendre à vivre dans cette tension, en étant prêts à affronter le danger tout en participant à l’opportunité de création de richesse. Il n’est pas nécessaire d’être uniquement un taureau ou un ours. Il est normal et logique d’être un peu des deux.
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