Le Crédit Agricole a annoncé vendredi 30 octobre 2026 un résultat net part du Groupe de 1,99 milliard d’euros pour le troisième trimestre, en hausse de 17,9 % sur un an. Malgré ces bénéfices solides portés par l’assurance et la banque d’investissement, la direction affiche une forte prudence face aux incertitudes politiques et budgétaires en France.
Les chiffres du troisième trimestre 2026 témoignent d’une dynamique financière robuste pour le groupe bancaire, mais les dirigeants choisissent la retenue. Le produit net bancaire de Crédit Agricole S.A. s’établit à 7 092 M€ sur la période, affichant une progression de 7,5 % par rapport à l’année précédente. Les charges d’exploitation augmentent plus lentement, de seulement 2,4 % pour atteindre 3,93 milliards d’euros, dégageant un résultat brut d’exploitation en hausse de 14,6 %.
Pourtant, cette performance n’a pas convaincu les investisseurs à la Bourse de Paris. Le titre a reflué, reflétant une atmosphère de marché prudente l’action enregistrant un recul marqué dans un contexte d’instabilité macroéconomique. À l’échelle globale incluant les Caisses régionales, le résultat net du groupe atteint 2 780 M€ pour le trimestre, portant le cumul sur neuf mois à 7 654 M€.

Les moteurs de la croissance trimestrielle et les zones de faiblesse
La diversification du modèle universel de la banque s’avère décisive pour absorber les chocs sectoriels. L’activité épargne et l’assurance affichent des résultats remarquables, tandis que la banque de financement et d’investissement (BFI) bat des records. Les revenus des activités de marché et des activités structurées actions ont soutenu la division de grande clientèle.
En revanche, le secteur du leasing automobile traverse une passe difficile. Le marché automobile défavorable pèse lourdement sur la revente de véhicules d’occasion au sein de la coentreprise avec Stellantis. De plus, la production de crédit à l’habitat en France recule de 4 % sous l’effet de taux d’emprunt plus exigeants, contrastant avec la progression continue du crédit aux professionnels.
L’ombre de l’impasse budgétaire française et la hausse du coût du risque
L’avertissement formulé par la direction cible directement le climat politique national et l’incertitude autour de l’adoption du budget sans recourir à des mécanismes d’exception. Les coûts d’emprunt ont grimpé, le taux de l’OAT à 10 ans dépassant la barre des 5 % au cours des semaines précédant l’annonce.

Les demandes d’investissement et les projets en France ralentissent globalement, a constaté lors d’une conférence de presse Olivier Gavalda, le directeur général. Il est donc fort probable que nous constations une baisse des demandes de prêts et peut-être une augmentation des risques. Nous espérons évidemment que ce ne sera pas le cas, mais nous restons très prudents.
Olivier Gavalda, directeur général du groupe bancaire
Cette anticipation d’un environnement moins favorable se traduit par un renforcement des provisions. Le coût du risque s’élève à 585 millions d’euros sur le trimestre, en augmentation de 19,6 %. La direction précise toutefois qu’il s’agit essentiellement d’un accroissement du risque non affecté
et non d’une matérialisation immédiate d’impayés avérés.
Expansion européenne et consolidation sur le marché italien
Pour contrer les pressions sur le marché domestique français, qui pesait l’an dernier 62 % des revenus du groupe mutualiste et 45 % de ceux de sa filiale cotée, la stratégie mise résolument sur l’Europe. L’Italie confirme son statut de deuxième marché domestique en générant une part importante du résultat net global du groupe sur les neuf premiers mois de l’année, porté par des financements en hausse et une application mobile enrichie de nouveaux services d’éducation financière.

Parallèlement, la plateforme d’épargne en ligne CA Savings, initialement déployée en Allemagne en avril, s’est élargie en octobre à la Belgique et aux Pays-Bas. L’institution développe également sa présence en Allemagne avec la création de Crédit Agricole Deutschland et le projet d’acquisition d’IKB, visant à renforcer le financement des entreprises de taille intermédiaire.
Le ratio de solvabilité CET1 du groupe se maintient à un niveau solide, tandis que les réserves de liquidité offrent aux dirigeants des marges de manœuvre substantielles pour naviguer dans le climat économique incertain attendu jusqu’en 2027.
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